Tous ceux à qui j'ai demandé s’ils avaient lu ce livre m'ont répondu presque invariablement : « Oui, je crois ; je m’en souviens vaguement. » C’est exactement ce qui m’est arrivé : je l’ai lu il y a environ cinq ou six mois, de nouveau parfaitement à l’aise, de nouveau comme dans un vieux pull ou de vieilles pantoufles qui savent déjà tout de votre corps, mais cette fois-ci sans doute parce qu’il est truffé de réflexions qu’on s’est déjà faites au cours des ans, une sorte de pot-pourri où chacun peut retrouver sa ritournelle. Ensuite, je l’ai carrément oublié, moi aussi. Comment est-il possible que ce livre-là ait eu un tel succès ?
Sans être aussi dure qu’une certaine « Catheline » sur Amazon, je suis cependant d’accord avec elle sur le fait que ce roman de Kundera est vide, facile plutôt, qu’il ne vous apporte pas grand chose. L’histoire d’amour entre Tomas et Tereza est ennuyeuse, cette dernière étant exactement le type de femmes détestables qui font couler les hommes qui les approchent, quel que soit le milieu ou le contexte. Quant aux autres personnages, ils sont sans grande consistance et sans grand intérêt. Et ne parlons pas du chien... philosophe. Les multiples manifestations de la violente répression communiste et soviétique après le Printemps de Prague qui servent de cadre au roman finissent même par rester en toile de fond. Nous sommes encore loin de l’Ignorance et de sa finesse psychologique.
De cette lecture, je n'ai donc retenu que deux petites choses.
Tout d’abord le titre, tout à fait remarquable et propre à attirer le lecteur, en tenant qui plus est sa promesse avec l'abord, dès le début, du thème de « l’inexistence du retour ». A cette vérité-là, cependant, il suffit d’une certaine expérience de la vie pour y arriver seuls. La vie est faite de choix, mais on ne peut en faire qu'un seul à la fois, les autres étant irrémédiament perdus. Alors le bon choix, le mauvais choix, qu’est-ce que cela signifie ? On qualifie souvent la réussite de bon choix, mais qui nous dit que l’autre choix, celui qu’on a laissé de côté, n’aurait pas été aussi bon lui aussi ? Idem pour le mauvais choix. Une telle prise de conscience enterre bien des regrets stériles. Alors pesanteur de l’être ou légèreté ? Une question d'optique ou l'une et l'autre ?
Ensuite, les différents aspects du kitch qui façonne nos vies, « cette station de correspondance entre l’être et l’oubli » si bien illustré dans la sixième partie, La grande marche. Un regard désabusé sur le monde, sans doute, mais assez savoureux.
Le grand succès d'un livre est, à mon avis, souvent l'indice d'une facilité, d'un contenu fait des lieux communs du moment. Le public donne plus volontiers la préférence à ce qu'il connaît déjà. Je crois donc que dans ces cas-là, il ne faut jamais se lancer à corps perdu, mais toujours aborder l'ouvrage par le petit bout de la lorgnette. Il est ensuite plus facile de le réhabiliter. En ce qui concerne cette oeuvre, si vous êtes jeune, lisez-la donc car il est probable que vous l'aimerez. Si vous ne l’êtes plus tout à fait, apprêtez-vous à parcourir des sentiers battus.
Commentaires et Mises à jour :
Re: Franchement
Elsa,
Franchement, vous avez dû omettre de lire l'avis qui introduit le droit au commentaire sur ce joueb, et je dois dire que je suis bien tentée d'effacer le vôtre. Non pas parce que vous n'êtes pas d'accord avec moi à propos de ce livre, - ce qui est votre droit le plus strict -, mais à cause de votre ton agressif : vous aurais-je mordue ?
Moi qui aime que les conversations conservent "toujours" un ton aimable, même dans les controverses, je vous répondrai donc.
Qu'on étudie "L'insoutenable légèreté de l'être" à l'université n'est pas forcément un critère de valeur dans le temps. Ici il s'agit d'un auteur contemporain et la littérature aussi a ses modes. Vous en voulez la preuve ? Alors, je vous conseille de lire le passionnant "Journal de l'Abbé Mugnier (1879-1939)" dont je parlerai probablement d'ici quelques jours : combien d'écrivains "célèbres" de leur vivant, mais aujourd'hui dans les oubliettes !
Comme déjà dit dans mon billet (êtes-vous sûre de l'avoir lu avec attention et jusqu'au bout ?), en littérature comme à la télé, la banalité fait vendre car tout le monde a l'impression de s'y retrouver. On peut dénoncer le kitsch (ce chapitre-là m'a bien plu, mais où ai-je écrit que le kitsch me plaît ?), mais aucun risque qu'il disparaisse jamais. Quant au reste des idées, concepts ou autre de ce livre, n'importe qui, même celui ou celle qui n'a pas dépassé le CM1 à l'école, en sait tout autant à 35 ou 40 ans, ce qui, j'en conviens, peut ne pas être encore évident pour une jeune étudiante comme vous.
Personne ne vous empêche donc d'être enthousiaste (le succès de ce livre confirme que vous n'êtes pas la seule), mais permettez à ceux dont il a déçu les attentes par son absence d'originalité (et je ne suis pas la seule) de ne pas l'être. Quant au fait qu'on ait jugé bon de l'inclure dans les programmes universitaires .... pourquoi pas après tout, à condition que cela éduque au discernement... et ne devienne pas un prétexte pour laisser tomber les bonnes manières.
Elsa a raison,
on se demande en vous relisant quelle mouche vous a piquée pour trouver "l'insoutenable" insignifiant...Effet de mode sans doute. Il tient sa place dans la planète Kundera (dont je ne suis pas un inconditionnel, loin de là); vous préférez son orientation 18°?Incompréhensible en tout cas. Et je ne suis pas étudiante.
jl
Re:
jl,
Vous aussi, vous avez dû omettre de lire l'avis qui précède les commentaires. Quant à la mouche, il semble plutôt qu'elle pique les partisans de ce livre, vu qu'ils n'arrivent pas à s'exprimer sans agressivité ;-)
Elsa n'a pas raison, elle a son opinion, ce qui est différent. Chose qu'elle et vous-même ne semblez pas comprendre puisque vous ne réussisez pas accepter qu'on puisse en avoir une autre.
Effet de mode, dîtes-vous ? Le succès de ce livre l'est sans aucun doute, comme tous les engouements exagérés à la mouton de Panurge parce que ça se vend bien et que ça reflète les tendances du moment. Les Top 10 ou Top 100 ne servent-ils pas à cela ? Le temps, cependant, se charge de faire le tri et de remettre les oeuvres à la place qu'elles méritent. De toute façon, au cas où vous ne l'auriez pas compris, ce n'est pas Kundera que je trouve insignifiant, mais bien ce livre (relisez mon billet). A propos des modes littéraires, je vous recommande Le Journal de l'Abbé Mugnier, tout à fait illustrateur en la matière.
En conclusion, peu m'importe que vous soyez ou ne soyez pas étudiant ou étudiante (votre orthographe laisse des doutes), mais vous ne devez pas être beaucoup plus vieux/vieille. De toute façon, votre commentaire n'est d'aucun intérêt en ce qui concerne ce livre et sera effacé prochainement.


Franchement
oui franchement, comment pouvez vous dire une chose pareille !
Vous vous rendez au moin compte du paradoxe de votre commentaire ! On étudie l'insoutenable légereté de l'être à l'université, pas au CM1 !!
Il y a tellement de chose à en dire, il y a tellement d'allusions cachées ( qui vous ont certainement échapées !) je suis en train d'étudier ce livre, je suis en 1e d'Uni, et je peux vous dire qu'après 2 mois passés à l'étudier, on en a pas encore fait le tour !!
Alors ce livre est tout sauf creux ! Si vous voulez dire qu'il ne vous intéresse pas , à votre guise, mais ne venez poas souiller le nom d'un auteur tel que lui avec des remarques aussi infondées!
C'est un livre merveilleux, car c'est un des seuls romans sérieux qu'on étudie qui soit en même temps passionnant et surtout beau, j'en ai pleuré.
Maintenant si vous préférez le kitsch, libre à vous....