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Rushdie Salman, « Les enfants de minuit » (1980)

Ces « enfants de minuit », ce sont les mille-et-un enfants nés durant la première heure du 15 août 1947, date de la proclamation de l’indépendance de l’Inde. Doués de pouvoirs surnaturels plus ou moins importants, ils semblent intimement liés à la croissance du pays. L’un d’eux, Saleem Sinai, narrateur et protagoniste de cet extraordinaire roman picaresque, découvre un jour qu’il a le don d’entrer dans les cœurs et les cerveaux des autres êtres humains. « Pour comprendre, ne serait-ce qu’une seule vie, il vous faut ingurgiter le monde. Je vous l’avais dit », répète-t-il plusieurs fois au cours des 670 pages de ce livre ambitieux, et il a raison. La vie qu’il raconte, sa vie, englobe un monde tout entier.

 

Car contrairement à ce qu’on pourrait attendre de l’entrée en scène de ces enfants magiques, ils ne sont là qu’en toile de fond incommode. C’est l’Histoire de l’Inde vue à travers celle de la famille de Saleem qui fait progresser la trame et évoluer les personnages. Une Histoire qui commence en 1920 et se termine vers la fin des années soixante-dix, racontée d’un point de vue égocentrique, comme si les nombreux évènements et personnages historiques qu’on rencontre existaient exclusivement en fonction du narrateur et des membres de sa famille. Une version sans doute un peu infantile, mais parfaitement cohérente et qui donne aux évènements une signification nouvelle, comme si l’Histoire était vraiment au service des affaires des personnages. Des doutes sur la fiabilité historique du narrateur ? C’est Sinai lui-même qui les insinue, alors que, guidé par le cynisme d’un homme qui se croit sur le point de mourir, il raconte ses mémoires à Padma, la femme qui prend soin de lui, rêve de l’épouser, voudrait se moquer de ce qu’elle appelle « ses bavardages » mais ne peut s’empêcher de s’en passionner.

 

On trouve tant de choses dans ce roman.

D’une part, la saga d’une famille aisée, celle du protagoniste, qui commence sous le ciel bleu du Cachemire et sur les rives de ses lacs, avec ses grands parents qui se connaissent à travers le trou d’un drap perforé et vont s’installer à Dehli après leur mariage ; l’histoire de ses parents qui quittent Dehli pour Bombay ; le secret qui tourne autour de sa naissance et de son enfance ; le transfert au Pakistan, la « Terre des purs » ; les pérégrinations de Saleem au Pakistan, au milieu des bourrasques qui verront la naissance du Bengladesh, en Inde ; et pour finir la naissance de son fils, son descendant sans l’être.

De l’autre, une quantité de personnages mémorables ; des histoires incroyables d’un réalisme magique plein d’une ironie mordante ; le plaisir de la recherche, à l’indienne qui aime la loi des conséquences, des analogies, des desseins cachés, avoir l’intuition d’une signification.

 

L'auteur compare les divers chapitres du livre à des bocaux de pickles dont il est friand, dans lesquels l’Histoire, assaisonnée avec des ingrédients à la saveur plus ou moins forte ou plus ou moins envahissante, subit l’inévitable aberration que le processus comporte pour qu’elle soit appréciée dans le futur.

 

« Les enfants de minuit » n’est pas forcément un livre facile. Le rythme incessant du deux pas en avant et un en arrière, que Salman Rushdie impose au narrateur Saleem, peut parfois sembler lassant. Mais il faut accepter de se laisser conduire, de suivre sans hâte déplacée, accompagnant l’auteur dans tous les endroits qu’il a décidé de nous faire visiter. Car ce qui est sûr, c’est que ce livre-là, on ne l’abandonne pas volontiers en cours de route. Donc : à Lire !

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Samedi 15 Novembre 2008, 12:00 dans la rubrique "J'ai lu".