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« La Maison sur l’Océan » (Life as a house), Irwin Winker (2002)
--> Un avenir « culte » ?

En l'espace d'une même journée, l'architecte George Monroe (Kevin Kline), 45 ans, perd son emploi et se voit diagnostiqué un cancer en phase terminale. N'ayant plus que quatre mois à vivre, il décide de réaliser son vœu le plus cher : reconstruire la maison sur l’océan Pacifique que lui a laissée son père, et le faire avec son fils de 16 ans, Sam, dont il ne s’est pas beaucoup occupé après son divorce d’avec Robin (Kristin Scott Thomas). Après des débuts plutôt difficiles, il réussit peu à peu à instaurer une relation avec son fils, et à construire sa maison avec l'aide de son ex-femme Robin, de ses voisins et tutti quanti, chaque séquence étant prévisible. A la fin, s’il ne mourrait pas réellement quand sa maison est sur le point de se terminer, tout le monde est devenu tellement bon qu’on pourrait conclure par la fameuse phrase : « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants. » Tout cela dans un site absolument merveilleux, j’allais l’oublier. J’ai trouvé ce film lamentable !

 

Pourquoi ? se diront certains. Après tout, il s’agit d’une fable moderne. Et bien non, parce qu’une fable a toujours une morale, ou, quand ce n’est pas le cas, elle démontre une vérité. Ici, tout y est factice, trop beau, trop facile au milieu du tout-permis qu’on fait passer pour un monde harmonieux. Il n’y qu’à aller faire un tour dans les tribunaux pour savoir qu’il n’y a rien de plus faux. Entrons un instant dans les détails.

 

George, divorcé de Robin a pratiquement abandonné son fils Sam dans les mains de celle-ci pendant plusieurs années. Il habite un garage ubuesque, provoque sans arrêt tout le voisinage avec lequel il est en bagarre, et a eu une relation avec sa voisine la plus proche.

Sam, 16 ans, démotivé, drogue et piercing, fait ch…. tout le monde comme il se doit, mais en trois mois il devient le fils parfait dont rêvent tous les parents et fait même cadeau de la maison dont il hérite à la mort de son père à la jeune fille contrainte sur une chaise roulante par son ivrogne de grand-père paternel.

La voisine la plus proche, divorcée elle aussi et ancienne maîtresse de George, a une fille de 16 ans à qui, en cachette, elle fauche son petit ami, Josh.

La fille de 16 ans, nymphomane, provoque tous les mâles à sa portée, y compris Sam et George.

Josh, 16 ans, dealer, petit ami de la fille de la voisine, couche en cachette avec la mère de celle-ci.

Robin, l’ex-femme de Georges, est aujourd’hui mariée avec Martin dont elle a eu deux garçons (qui ont moins de 10 ans). Elle retombe amoureuse de Georges.

Les deux petits garçons d’une sagesse exemplaire non figée sont contents de changer de père.

Martin trop occupé à faire des gros sous pour Robin n’est jamais à la maison. Mais quand il découvre que Robin passe ses journées avec Georges, il la quitte.

Il y a aussi l’agent municipal puis le policier qui doivent bloquer les travaux, mais qui ne les bloquent pas.

Et bien, tous ensemble (y compris Martin), ils finissent par construire une très jolie maison, symbole de la revanche de George sur un père sordide, dans la joie, la bonne humeur et la bonne entente générales, sans rancœurs ni jalousies ni amertumes ni véritables conflits.

 

 

J’ai beau me creuser, je n’arrive pas à me faire une idée du spectateur-type pour lequel on a fait ce film. Un film n’est qu’un film et on peut inventer tous les scénarios qu’on veut, mais ce qui m’a terriblement frappée, c’est qu’on puisse qualifier de « culte » un film aussi puéril, aussi niais. Cherche-t-on à sanctifier, à promouvoir comme modèle, une société où, au-delà d’une question de morale, la mièvrerie, le manque de responsabilité, une conduite laxiste aboutissent à une sorte de monde presque parfait où l’égoïsme, le tout-permis, le tous-les-droits ne font aucun mal, ne blessent personne ? Un monde aseptique, anesthésié, où tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil ? Un avenir « culte » ? Aurait-on déjà réussi à changer la nature humaine ?

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Vendredi 13 Mai 2005, 22:30 dans la rubrique "J'ai vu".

Commentaires et Mises à jour :

sophie
13-05-05 à 22:44

L'enfant prodigue

Tu te souviens de cette parabole où celui qui était parti avec l'argent de ses parents faire la fête revenait dans l'amour et la joie et le pauvre type qui s'était tapé tout le boulot n'avait pas le droit de râler ? Et bien moi déjà ça m'énervait...

 
ImpasseSud
14-05-05 à 07:26

Re: L'enfant prodigue

Tu ne peux pas imaginer combien je suis d'accord avec toi. Moi, j'ai toujours trouvé cette parabole extrêmement choquante et injuste. Il faut n'avoir aucun sens de la réalité pour faire un raisonnement pareil. Et s'il ne s'agit que d'un exemple, alors  je trouve qu'il est vraiment mal choisi.
Aujourd'hui, suite aux difficultés de la conjoncture économique, il y a un grand nombre d'enfants prodigues qui rentrent chez leurs parents, avec toutes leurs prétentions, leurs habitudes d'indépendence et leurs droits, trouvant normal d'être entretenus, qu'on se mette à leur service et se servant en premier partout où ils le peuvent. En plus, quand cela finit par un conflit au tribunal, le tribunal leur donne la plupart du temps raison. Je veux bien qu'il soit normal de donner un coup de main à ses enfants adultes quand ils sont en difficulté, mais le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est profondément erroné d'incruster dans les esprits de tels concepts de facilité.


 
samantdi
14-05-05 à 12:10

Je dois dire que j'ai trouvé ce billet jubilatoire !
Au début, quel ne fut pas mon étonnement en voyant le titre du film et le scénario... "Tiens, me dis-je, je n'aurais pas pensé qu'ImpasseSud aurait aimé ce genre de mélo", alors quand je suis arrivée à la phrase : "j'ai trouvé ce film lamentable!" j'ai bien rigolé !

Ce genre de film plaît à un large public, il donne l'espoir (bien vain) aux gens dont la vie ne va pas fort que tout peut s'arranger comme par magie. Evidemment, si on leur disait que pour que les choses s'arrangent, ce sera long, compliqué, ça passera par des remises en question et des changements profonds, ils seraient moins enthousiastes...

 
ImpasseSud
14-05-05 à 14:41

Au début, ce genre de film te prend parce que tu te dis qu'après tout il vaut mieux qu'un père s'occupe tard de son fils plutôt que pas du tout.

S'il ne s'agissait que du mélo, je l'aurais très vite oublié et il ne m'aurait inspiré aucun commentaire (ou billet), mais quand j'ai découvert qu'il avait soulevé un enthousiasme tel qu'on l'avait classé dans les films "culte", la chose m'a semblée bien plus grave, reflétant parfaitement le désordre des familles "élargies" qui, dans notre société, sont de plus en plus nombreuses, où les parents font tout ce qui leur passe par la tête sans se soucier des conséquences sur leur entourage, laissant leurs enfants grandir comme ils peuvent, s'étonnant ensuite des situations dramatiques dans lesquelles ils finissent par se retrouver. Comme si la vie n'était pas déjà assez compliquée comme ça. Plus qu'un mélo, je crois que ce genre de film est un indice.