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Tyrewala Altaf, « Aucun dieu en vue », (2005)

Période de vacances pour certains, période de cadeaux pour le monde occidental. Alors pourquoi ne pas offrir un livre ? Ce livre qui gomme sans autre une partie des idées reçues à propos de l’Inde ? Une sorte de clip vidéo à plusieurs voix au sein d’une Bombay frénétique. A travers le regard des différents personnages décrits avec des traits sûrs, Altaf Tyrewala dépeint une humanité variée aux prises avec le quotidien, qui se confronte avec la tradition, les dérives du progrès, la pauvreté, l’imposition ou l’absence de valeurs, les affrontements religieux et les doutes existentiels.

 

Le livre commence par le portrait que Madame Khwaja fait d’elle-même, autrefois poétesse capable de s’attarder plusieurs jours sur les métaphores les plus subtiles, aujourd’hui absorbée vingt-quatre heures sur vingt-quatre par ses tâches d’épouse et de mère, et réduite au silence par les bruits du climatiseur et de la télé. Puis son mari prend la parole pour déplorer une vie désormais sans poésie, dire qu’il ne reconnaît plus la femme qu’il a épousée il y a vingt-six ans et lui a donné deux enfants, Ubaid, continuellement connecté à Internet, et Minaz, jamais à la maison. Ensuite c’est au tour d’Ubaid de dire son ennui, puis de Minaz, qui est enceinte et explique qu’elle est en train de se rendre dans une clinique pour se faire avorter. Le médecin (ou presque) prend ensuite la parole, condamné par la société pour ses pratiques, puis le père du médecin, employé d’un magasin de chaussures, qui a honte de son fils mais l’épie en cachette. Ensuite, c’est son patron qui parle de son rêve de partir aux Etats-Unis….

Et ainsi de suite.... Dans un fondu enchainé où celui qui parle passe le témoin à celui dont il parle, le lecteur devient le spectateur d'histoires grandes ou petites, publiques ou privées, où tous les personnages sont occupés à interpréter leur vie comme ils le peuvent sur la scène de cette bouillonnante mégalopole qu’est Bombay.

« Tout le monde, tôt ou tard, s’assied au banquet des conséquences ». C’est sur cette phrase de Robert Louis Stevenson qu’on referme ce livre vraiment singulier qui en est une excellente illustration. 

 

Une belle approche à la complexité de l'Inde. A lire, assurément, même si, par moments, il faut avoir le cœur bien accroché….

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Samedi 22 Décembre 2007, 19:36 dans la rubrique "J'ai lu".

Commentaires et Mises à jour :

PierreDesiles
29-12-07 à 19:22

Un livre une histoire.....à revivre !

""Altaf Tyrewala dépeint une humanité variée aux prises avec le quotidien, qui se confronte avec la tradition, les dérives du progrès, la pauvreté, l’imposition ou l’absence de valeurs, les affrontements religieux et les doutes existentiels.""

On pourrait aussi y ajouter la simplicité de bon nombres d'entre eux, qui espèrent seulement avoir de quoi se nourrir !

Je partage entièrement ton invitation à lire ce genre de récit tiré de la vie courante. Notre guide à Chenaï (ex-Madras) s'apellait Shushila, la cinquantaine bien sonné, habillée en sari traditionel et qui semblait n'être jamais sortie de l'Inde profonde. Elle n'avait pas son pareil pour nous emmener au travers d'une foule toujours grouillante, pour atteindre les temples à visiter, prenant la parole en indi pour expliquer aux gardes le bienfait de notre visite groupée. Après quelques jours d'échanges et de souvenirs, elle nous a confié qu'elle avait une de ses filles qui vivait aux US travaillant dans une grande entreprise et qu'elle même est partie la voir 2 ou 3 fois. Je suis resté scotché, car jamais je n'aurai pensé qu'elle eut pris l'avion.

Ca rejoint un peu ce livre dont tu parles où tout s'accélère pour ressembler à tout autre chose que leurs origines. On a entendu aussi la même chose au Pérou, au Mexique où la région de Cancun ressemble plus à Los Angeles etc...

Bombay est entre deux mondes, il est vrai. La circulation y est intense alors que les vaches marchent à leur guise où bon leur semblent. Au bord des rues vivent (survivent) des gens dans des sous-sols de maison, avec la pollution automobile en prime, alors qu'une rue après on y trouve de grands hôtels cinq étoiles dont le luxe est exhubérant.

Quand on y est, on a l'impression qu'on est en train de gommer un tableau pour en refaire la trame.

            J'ai pris cette photo en janvier 2004 dans la rue à Mumbay (ex-Bombay), car elle s'explique d'elle même

On dit de l'Inde qu'on aime ou qu'on déteste, moi j'ai aimé.

Bonnes fêtes et bonne année 2008      ImpasseSud.


 
ImpasseSud
30-12-07 à 14:19

Re: Un livre une histoire.....à revivre !

Cher Pierre,
Que ce soit en lisant ce livre ou en griffonnant mon billet, je n'ai pas arrêté de penser à toi et à ton voyage que tu as si bien raconté et photographié. J'étais même sûre que tu me laisserais un petit mot si tu passais par ici :-) Voilà, c'est donc fait :-).

Pour moi qui ne la connait pas, l'Inde est le pays des paradoxes : de la plus grande pauvreté aux richesses les plus fabuleuses et à la beauté la plus raffinée; de la multitude d'analphabètes à l'excellence mondiale du pôle économique et scientifique de Bangalore; de la plus large et plus profonde spiritualité aux affrontements des castes et désormais des religions, de la délicatesse de ses tissus et de ses saris aux épouvantables carences d'hygiène, etc... Un pays qui m'intrigue sans m'attirer, inquiétant à mes yeux par ses excès tous azimuts, et dont je ne suis pas sûre que je pourrais supporter les odeurs si je devais m'y rendre.
Par contre, je lui accorde sans l'ombre d'un doute une forte note positive et c'est la raison qui m'a incitée à acheter ce livre. L'as-tu lu toi-même ? Si non, je te le conseille vivement.
En tous cas, merci pour ce commentaire ciblé et ta photo.

A mon tour, cher Pierre, je souhaite à toi et à ta famille de passer un agréable Nouvel An, ainsi qu'une très bonne année 2008 :-)


 
PierreDesiles
30-12-07 à 18:24

Re: Un livre une histoire.....à revivre !

     Merci, ImpasseSud, pour ce lien avec Bangalore, qui est l'exemple même du gommage des civilisations que j'ai tenté de t'expliquer en quelques mots. Merci aussi pour tes explications riches en vocabulaire, sur la transformation de ce pays qui prend son envol après des décennies de stagnation qui en arrangeait plus d'un, aussi bien mondialement par le faible coût du travail, que localement, par la nécessité de la masse populaire de travailler pour manger, en l'absence de toutes protections sociales identiques à la nôtre.

     La faim donne des ailes pour réussir coûte que coûte, y compris ressembler au reste du monde...! On assiste, depuis notre génération soixante-huitarde, à un nivellement du monde qui sera plus tard à l'image des US avec des grattes ciels partout où chacun y perdra son âme! Est-ce cela le monde de demain ? En tout cas ce n'est pas celui qui m'inspire, j'aurai préféré que chaque pays continue son propre développement en réduisant sa misère interne et en gardant son identité.

     Désolé d'être peut-être hors-sujet, mais il fallait que ça sorte, l'Inde m'a paru en situation de changement profond et je ne suis pas sûr qu'elle gardera ses traditions encore longtemps. 

     J'avais arrêté mon récit parce-que  le destin a voulu que je n'ai pas trace de la cérémonie sur le bord du Gange à Vanarasi (ex-Bénarès) après notre traverée en bateau à rame. Les batteries de mon camescope étaient complètement à plat et le collègue qui était avec nous à perdu la cassette depuis notre retour! Concours de circonstances ?? Du coup mon film sur l'Inde est resté en plan, car je me sens frustré de ne pouvoir faire revivre ce qui m'a le plus marquant dans notre voyage, car je n'ai rien vue de pareil ailleurs...

     Je t'offre cette photo, issue de mon film, quand  nous approchions en bateau de ce lieu sain, avant la cérémonie journalière de 18H. Ensuite nous étions assis sur une des nombreuses marches au dessus des 5 autels dressés au pieds des 5 colonnes où les prêtres dansaient en parfaites coordinations avec des chandeliers et en synchronisation avec l'orchertre tamoul présent, ainsi qu'une chanteuse indienne pour parfaire le tout! Les anneaux de lumière colorée forment le haut de chaque poteau où sont accrochées des cloches à une tonalité, tirée chacune par une longue cordelette pendant des heures comme pour rassembler les fidèles éparpillés,ce qui mettait une ambiance étrange. Elle s'arrêtent soudain dès le début de la cérémonie, laissant place aux musiciens. En fond de tableau coulait le Gange au clair de lune....

 

Bon voyage!

     J'essaierai de commander ce livre, dont tu vantes si bien les mérites, par le biais d'internet.

à bientôt ImppaseSud


 
ImpasseSud
31-12-07 à 13:46

Re: Un livre une histoire.....à revivre !

> On assiste, depuis notre génération soixante-huitarde, à un nivellement du monde qui sera plus tard à l'image des US avec des grattes ciels partout où chacun y perdra son âme! Est-ce cela le monde de demain ? En tout cas ce n'est pas celui qui m'inspire, j'aurai préféré que chaque pays continue son propre développement en réduisant sa misère interne et en gardant son identité.

Je suis tout à fait d'accord avec toi, car plus qu'à un apport du "progrès" qui améliore les conditions de vie des plus pauvres, on assiste désormais à une orgie dévastante des capitalistes qui finira par nous renvoyer, même nous, classe moyenne occidentale, à une sorte de XIXe siècle. Je ne sais pas si le prix du pain, du lait et autres nourritures de base a augmenté en France autant qu'en Italie depuis deux mois, mais cela, d'après un ancien ministre des finances de Berlusconi, serait dû au fait que grâce au progrès, il y a aujourd'hui un millard de personnes dans le monde qui sont sorties de l'extrême pauvreté, et qui, par conséquent, mangent plus et qu'il n'y en a plus assez pour tout le monde. En somme, ce serait une fois de plus la faute des pauvres ! De quoi vous faire dresser les cheveux sur la tête !
C'est pour cela que l'Inde m'intéresse : ce pays avec son milliard d'habitants profondément imprégnés de spiritualité et (hélas) sa force nucléaire qui inspire malgré tout le respect, pourrait jouer un rôle déterminant dans le rééquilibre des forces en jeu. Mais saura-t-elle le faire ?

Je suis désolée que tu n'aies pas pu terminer ton film sur l'Inde. En tout cas, un grand merci pour ta très belle photo de la cérémonie de 18 H et la description si émouvante que tu en fais.  Le destin veut peut-être que tu y retournes ...... ;-)

A bientôt Pierre, et bon réveillon !

PS. Pour le livre : afin de continuer à lire en français, mais n'allant plus très souvent en France, j'ai pris l'habitude de passer mes commandes chez Amazon.fr, ça marche très bien.