« Crise financière » : jusqu’en septembre 2008, cette expression signifiait bien peu de chose pour la grande majorité des Occidentaux, pas assez âgés pour avoir bien connu celle de 1929. Les moins écervelés sentaient qu’elle arrivait, mais l’ensemble des populations préférait penser à autre chose ou croire aux bonimenteurs. Quel a été son impact en Europe ? Il est encore difficile de faire un bilan, d’une part parce qu’elle n’est pas terminée, et de l’autre parce que ses répercutions économiques ont été/sont différentes d’une région à l’autre, d’un secteur à l’autre, et qu’une bonne partie des symptômes qui la caractérise était déjà présent auparavant. Le fait, tant décrié, d’avoir rassuré et renfloué les banques a sans aucun doute évité la panique qui, elle, aurait été catastrophique. L’Europe de l’Est, par exemple, a été plus durement frappée que l’Europe de l’Ouest où, là encore, il y a de grosses différences. Telle région a vu son taux de chômage grimper terriblement, alors que dans telle autre presque rien n’a changé ; ou, au contraire, on a tout à coup assisté à la reprise de secteurs stagnants jusque-là. Malgré cette évolution disparate, on peut cependant déjà tirer deux conclusions.
Deux récits parallèles, en alternance, à travers deux magnifiques regards d’adolescents. Celui de Nour, adolescent puis tout jeune homme aux alentours de 1910. Celui de Lalla, adolescente puis toute jeune femme durant les années 70. La seconde pouvant être une descendante du premier. Une histoire double au souffle épique, à travers les personnages mémorables et la grandeur d’une culture perdue, face à laquelle c’est l’Europe qui apparaît comme une terre aride et désolée.
Plus que de l’Evangile selon Jésus-Christ, il s’agit sans autre de l’Evangile selon Saramago, car le narrateur, c’est lui. Sans faire semblant d’être un de ses contemporains, avec la même prétention de véridicité des évangiles écrits il y a près de 2000 ans dont il conserve les grandes lignes, et tout en y insérant ses propres commentaires liés à la culture occidentale d'aujourd'hui, il ramène Jésus à une dimension humaine, avec tout ce que cela implique de douleur et d’amour chez un adolescent puis chez un homme jeune ; une dimension humaine qui se révolte contre le destin que Dieu, celui qui se dit son père, a choisi pour lui pour satisfaire sa soif du pouvoir, non plus seulement sur le peuple juif mais sur l’humanité toute entière. Ce qui en fait une œuvre bouleversante et peu importe que les clergés portugais et italiens l’aient déclaré blasphématoire.
Pour une fois la présentation de l’éditeur me va très bien : Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier, que les Peuls appelleront Yémé et qui deviendra le vicomte de Sanderval, fonde le projet de conquérir à titre personnel le Fouta-Djalon et d'y faire passer une ligne de chemin de fer. On a presque tout oublié de lui aujourd'hui: il fut pourtant un précurseur de la colonisation de l'Afrique de l'Ouest et ses aventures faisaient le régal des gazettes de l'époque. Au cours de ses cinq voyages successifs, Sanderval parvient à gagner la confiance de l'almâmi, le chef suprême de ce royaume théocratique qu'était le pays peul, qui lui donne le plateau de Kahel et l'autorise à battre monnaie à son effigie. De ce personnage haut en couleur, Tierno Monénembo nous offre une foisonnante biographie romancée. L'épopée solitaire d'un homme, Olivier de Sanderval, qui voulut se tailler un royaume au nez et à la barbe de l'administration française... et des Anglais.
Comme tout le monde, il m’arrive d’avoir du mal à m’arracher à un livre qui m’a beaucoup plu, mais, jusqu’à présent, il ne m’était encore jamais arrivé de le recommencer immédiatement, la dernière page tournée, pour la simple somptuosité de l’écriture, une prose à la fois visuelle et délirante, venimeuse et ironique, familière et savante, et surtout extraordinairement poétique. Moi qui ne goûte guère la poésie, je me suis offert ce plaisir…. à haute voix.
Il y a quelques mois encore, je ne connaissais Virginia Woolf que de réputation et parce que, il y a des années, j’avais acheté un recueil de plusieurs de ses romans à un prix très intéressant, en en renvoyant cependant la lecture à une date indéterminée, car ce grand nom de la littérature ne m’attirait pas particulièrement. Ce qui a fini par éveiller ma curiosité, cependant, c’est tout d’abord la sélection que fait Sim Stuart, dans son Manifesto for silence, insérant son nom dans la liste des écrivains qui privilégient les non-dits, les flux de conscience, le silence. Ensuite, le hasard qui a voulu que je tombe sur plusieurs critiques franchement invitantes a fait le reste, et j'en suis enchantée.
Que tous ceux qui veulent en savoir plus sur ce livre aillent s’en faire une idée sur le site de l’éditeur. Pour ma part, j’étais impatiente de le lire, mais depuis que je l’ai terminé, le nœud à la gorge que j’ai ressenti est tellement serré que je suis/que j’étais incapable d’en parler. Jusqu’à ce que je découvre l’abondance de commentaires désinvoltes, superficiels, entendus, voire doctes, qu’on peut lire un peu partout et ici en particulier. Comment peut-on parler d’ « hymne à la liberté et à l’amour » ?! Comment ose-t-on écrire qu’on a été déçu par le final ? ! Cela frise l’indécence, le cynisme, car, d’après la phrase en exergue, ici il s’agit d’un récit à la mémoire de N.A., Nadia Anjuman Herawi, jeune poétesse afghane sauvagement assassinée par son mari à Herat le
Quinze ans exactement se sont écoulés depuis le génocide du Rwanda, commencé le 10 avril 1994. C’est par hasard que, il y quelques semaines justement, je suis tombée sur ce livre, recueil des témoignages de quatorze rescapés Tutsis de la commune de Nyamata où cinq Tutsis sur six ont été massacrés ; quatorze rescapés des marais qui ont lentement accepté de parler à un étranger, Jean Hatzfeld. L'introduction en dit déjà long. « Je crois que jamais les Blancs, ni même les Noirs des pays avoisinants, ne vont croire ce qui s’est passé chez nous ».
Nous sommes en 1940, l’Europe est de nouveau en guerre. Dans son château isolé aux pieds des Carpates, Henrik*, un vieux général de soixante-quinze ans, reçoit une lettre qui lui annonce « la » visite qu’il attend depuis quarante-et-un ans. Quarante-et-un ans et quarante trois jours très exactement, depuis ce
Voilà un livre tellement important que tout le monde devrait le lire ou l’avoir lu, un livre de chevet, dans lequel Henri Laborit, grand médecin biologiste et grand philosophe, met au grand jour et à la portée de tous les mécanismes des déterminismes biologique et socioculturel et la lutte pour les dominances qui gèrent la vie de l’Homme à son insu, parce que, inconscient de ce qui se passe dans son cerveau, il continue à croire à l’amour, à la liberté, au bonheur, mais surtout au libre-arbitre prôné par la couverture mensongère du langage, du discours.



