Tout a commencé il y a 13 ans, par un bouche à oreille qui a touché une famille après l’autre, un immeuble après l’autre, une rue après l’autre. Un beau soir, à Noceto, cette commune de 11.000 habitants aux portes de Parme, des centaines, de milliers de postes de télé se sont obscursis, se sont tus, comme pour répondre à la douleur d’une communauté. Un geste de colère, une révolte civique contre les émissions qui transmettent n'importe quoi et à n’importe quelle heure, sans se préoccuper des conséquences. A Noceto, il y a 13 ans, David, 12 ans, s’est pendu par jeu après avoir regardé l’exécution d’une peine capitale à la télévision. Face à un énorme sentiment d’impuissance, cette communauté a répondu immédiatement en prenant en main ses télécommandes pour effacer les modèles nuisibles et filtrer les images trop crues.
Nous sommes tous traversés, de temps en temps et sans aucune logique ni sollicitation, par un de ces élans-éclairs gratuits et chaleureux que, généralement, sans raison ou pour de multiples raisons, nous oublions presque immédiatement. Le seul fait de l’avoir eu, cependant, nous ragaillardit l’espace d’un instant, comme preuve, s’il en fallait, que tout au fond de nous-mêmes nous ne sommes pas encore aussi conditionnés que nous le pensions. Le plus surprenant, toutefois, c'est quand quelqu’un saisit son idée au vol et la réalise sur-le-champ et sans réfléchir, comme Madame Kathy par exemple. Voici son histoire :
Naplouse – A Naplouse, il y a des trous de projectiles partout, dans tous les murs. Les incursions de l’armée israélienne font partie de l’histoire récente, tout comme les blessures qui brûlent encore. Pas la moindre maison ou famille qui n’ait eu un ou deux morts au cours des derniers combats entre Israéliens et Palestiniens, et les innombrables affiches-faire-part avec les photos de ceux qui sont morts en combattant rappellent à tout instant, de façon obsessive et paroxystique, que la guerre et la mort sont passées par ici.
Ramallah – Les jeunes Iraniennes, Syriennes et Jordaniennes pleurent. Elles, elles ne peuvent pas entrer en Palestine, dernière étape de Follow the Women, le cortège de 250 femmes qui traverse le Proche-Orient à bicyclette pour manifester en faveur de la paix [voir le parcours, le programme, NdT]. Elles ne le peuvent pas parce qu’entrer en Palestine signifie passer la frontière d’Israël qui n’accepte aucun ressortissant d’Iran, de Syrie et de Jordanie. De leur côté, ces trois Etats nient les visas d’entrée aux Israéliens.
Amman – La première journée en Jordanie de Follow the Women, la manifestation en faveur de la paix de 250 femmes à bicyclette au Moyen-Orient [voir le parcours, le programme, NdT], commence mal. Du Liban voisin arrivent les nouvelles d’un pays dans le chaos, à la veille de la guerre civile (1). L’aéroport est fermé, la frontière avec
Damas – A la frontière entre
Damas – Rabia, un voile et un long survêtement rose. Elle est née dans le camp de réfugiés d'Al Hussaineh, mais sa famille vient d’Haïfa. Quand elle voit venir une cycliste palestinienne, elle lui prend les mains, lui demande des nouvelles de sa ville, elle veut savoir. Mais la cycliste ne peut pas l’aider, parce qu’à Haïfa, elle n’y est jamais allée. Alors les femmes pleurent toutes les deux, en silence, et elles s’embrassent.
Dans nos esprits embrumés, assoupis, voire endormis par une information routinière et partisane qui ne rapporte qu'une suite de faits violents, qui pourrait imaginer qu’au Proche-Orient, ces jours-ci, du 3 au 15 mai 2008, a lieu la quatrième édition de la « Follow the women » (Suivez les femmes), sorte de course cycliste féminine pour la paix ? Une belle histoire que la journaliste Cecilia Gentile est en train de suivre pour
Je n’en peux plus de ces chiffres qu’on vous assène à longueur de journée, dont les journalistes et les hommes politiques se gargarisent en se rengorgeant, comme si c’était un critère de valeur, d’importance… ou plutôt, au point où nous en sommes, le seul critère valable. Des millions ou des milliards, moi je m’en moque, et, régulièrement, pour ne pas étouffer, j’ai besoin de rafraîchir mon esprit, mon âme, de redécouvrir le monde des sentiments humanitaires qui se trouvent au fond de chacun d’entre nous et qui, eux, vous donnent vraiment la sensation de quelque chose de plus grand. Alors je vais à la chasse de ce genre d’histoire :
Pour bien saisir l'atmosphère heureuse dans laquelle se déroule la petite histoire qui suit, il faut savoir qu’Emergency, désormais, fait quasiment parti du patrimoine afghan, et avoir suivi un tant soit peu cette sale affaire, ce bras de fer de trois mois. Il y a deux jours, elle a rouvert le service de chirurgie de son hôpital de Kaboul, effectuant deux opérations le matin même, dès 8 heures. Et alors ? me dira-t-on. Alors ? Moi j’exulte, car c’est un exemple de la victoire de l’Homme dans ce qu’il a de meilleur, avec une intelligence bien utilisée, du bon sens et de la ténacité, le sens de la solidarité, de la justice et de la parole donnée, contre le mensonge, la vénalité, la fourberie, la mauvaise politique et la corruption, l’imbécillité, la lâcheté, le fanatisme et l’étroitesse d’esprit.



