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Eco Umberto, « La mystérieuse flamme de la reine Loana », (2004)

J’ai abordé avec confiance ce roman illustré de près de 500 pages, d’autant plus que dès le début il excite la curiosité du lecteur. Yambo, au sortir d’un coma, ne sait plus qui il est. Ses mémoires implicite et sémantique sont intactes, mais tout ce qui concerne sa mémoire épisodique, autobiographique, semble s’être effacé. Son entourage le contraint donc à prendre note que nous sommes en 1991, que Yambo est son diminutif, qu’il a soixante ans, une femme, deux filles, trois petits-enfants, un ami, qu'il habite Milan, qu’il a toujours aimé les belles femmes, et qu’antiquaire du livre mondialement connu, il a également une jolie secrétaire extrêmement compétente. Cependant, au milieu de toutes ces données qu’il accepte volontiers mais qui sont en même temps une source sans fond d’incertitudes, rien ne fait tilt vers son passé. Mais un jour, une vieille photo de ses parents le trouble vaguement. Puis un matin, contrairement à ses habitudes, il se réveille en chantant une chanson antécédente aux années 40. C’est alors que sa femme lui conseille d’aller passer un certain temps dans la grande maison de famille où il a vécu avec son grand-père, maison que garde encore la vieille Amalia, afin d’essayer de retrouver son passé et de comprendre pourquoi il n’a jamais aimé y retourner.

 

La fouille des armoires et des cartons du grenier commence, et le livre s’enrichit tout à coup d’innombrables illustrations avec les photos de gravures, journaux, revues, disques, bandes dessinées, personnages de romans, affiches et publicités, etc…, l’authentique histoire culturelle d’une génération par l'image, commentée pendant des pages et des pages. Yambo retrouve également ses cahiers d’enfant et d’adolescent, l'empreinte lourde du fascisme, les moments troubles de la résistance à la fin de la guerre et les traces de son amour pour une jeune fille... sans visage. Toutefois, cette abondance ne suffit pas à réveiller ses souvenirs, mais l’excitation qu’elle finit par susciter chez lui le replonge dans un second coma … plus révélateur.


« Un livre réservé à peu de monde » a écrit un critique. Je confirme car je dois avouer que c’est au galop et même en sautant quelques excès de détails que je suis arrivée à une fin pas forcément prévisible. L’évocation, par un connaisseur passionné, de vingt ans de fascisme jusqu’à l’immédiat après-guerre à travers une montagne de détails d’une précision excessive ne captive pas tout le monde, même si ceux-ci sont habilement insérés dans la trame d’un roman. A moins qu’on ne soit historien, nostaligique de cette époque, ou qu’on ait vécu ces années-là, directement ou à travers sa propre famille.

 

Mais tout cela c'est bien le style d’Umberto Eco, qui aime envelopper dans un mince papier d’emballage romancé des orgies de détails sur une période historique. Si ce contexte particulier intéresse le lecteur, alors le livre se lit avec un réel plaisir, sinon, celui-ci se retrouve face à un pavé assez indigeste qu’il est tenté d’abandonner en cour de route.  

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Vendredi 6 Janvier 2006, 19:39 dans la rubrique "J'ai lu".

Commentaires et Mises à jour :

temps
07-01-06 à 23:58

L'expression se promène avec les idées et l'art de l'exprimer est souvent dans l'air du moment.

Cordialement


 
ImpasseSud
08-01-06 à 13:35

Re:

Temps, bienvenue ici, :-), mais ce que tu écris est plutôt évident.
Aurais-tu mal compris le mot "style" ? Aurais-je dû lui préférer le mot "genre" ?
Ton commentaire m'incite à penser que tu n'as pas encore lu le livre et que tu ne connais pas bien Umberto Eco, car son style d'écriture est bien d'aujourd'hui, les raisonnements qu'il prête à ses "vrais" héros sont également d'aujourd'hui, mais avec les finesses "del senno di poi" (raisonnement après coup).
Par contre c'est le seul écrivain que je connaisse (mais mes connaissances ne sont pas bien grandes !) qui mène de front roman et "fouilles historiques minutieuses", ces dernières tenant presque du domaine de la recherche. Les autres se contentent d'insérer leurs romans dans les gros traits caractériques d'une époque.


 
gilda
28-03-06 à 07:35

Ah tiens, mais c'est que justement ça m'intéresse (et puis j'aime bien Umberto). merci du tuyau.

 
ImpasseSud
28-03-06 à 10:13

Re:

Alors bonne lecture ! :-)
Je viens de terminer le dernier livre d'Umberto Eco, "A passo di gambero". Un coup d'oeil perçant sur la marche arrière qu'a embrayée notre époque. Absolument passionnant. Sera-t-il traduit ?