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« Good bye, Lenin ! » Wolfgang Becker ( 2003)

A la fin des années 70, Alex Kerner encore enfant vit à Berlin-Est avec ses parents qui s’aiment et sa sœur. Mais un jour, son père ne rentre pas d’un voyage à l’ouest. Après un moment de dépression, Christiane, sa mère, surmonte sa douleur en se dédiant à fond à la cause du socialisme. Fermement convaincue des valeurs du parti qui ont l’air de limiter les libertés individuelles, mais, en échange, offrent la sécurité et un sens à la vie, Christiane croit que le socialisme peut mener vers un monde meilleur. En octobre 1989, alors qu’elle se rend à une cérémonie officielle pour le 40ème anniversaire de la RDA où elle doit recevoir une récompense, elle est par hasard le témoin de l’arrestation violente de son fils au cours d’une manifestation, s’évanouit et tombe dans le coma. Le mois suivant, c'est la chute du Mur de Berlin, et on assiste à l'acheminement vers la fin de la RDA et le capitalisme. Quand Christiane se réveille, huit mois plus tard, elle ne sait rien de ce qu’il s’est passé. Afin de lui éviter un second choc, ...

... Alex décide de lui cacher les faits et les changements. Dans leur appartement, il recrée un microcosme idéal, sans mutation, une île heureuse qui renvoie l’image d’un socialisme glorieux et idéalisé qui n’a jamais existé dans la réalité, si ce n’est dans les intentions et les espérances de ceux qui crurent en ses valeurs. Pendant ce temps-là, au dehors, les enseignes de la Coca-Cola envahissent les murs, une myriade de produits alimentaires en provenance de l’étranger sature les supermarchés, les gens de l’ouest viennent chercher des logements à bas prix à l’est, et les symboles du pouvoir déchu errent littéralement dans le ciel...


Ceux qui veulent en savoir plus peuvent se reporter aux résumé et approfondissements publiés sur Wikipédia…. Mais il vaut mieux voir le film avant, pour ne pas perdre tous les instants de suspens. Immense succès à Berlin et dans toute l’Allemagne, cet excellent film mérite bien tous les honneurs qu’il a reçus. Le scénario est extraordinaire d’intelligence fraîche, de simplicité, d’ingéniosité et de délicatesse, plein de cette Ostalgie qui ne signifie pas nostalgie, et d’un amour filial qui ne signifie pas soumission ; sans oublier toutes les notes d’humour.

 


Des livres et des films, on sait que chacun finit par prendre ce qui lui tient à cœur, et à propos de celui-ci, on a sans doute déjà dit et écrit beaucoup de choses. 

Ici, il s’agit d’une histoire dans l’Histoire, d’une histoire dans une de ses révolutions. N’étant pas Allemande, ne vivant pas en Allemagne, n’ayant jamais été tenaillée par aucun désir de réunification, ni opprimée par aucun régime totalitaire, j’ai ressenti ce film comme l’illustration d'un sentiment humain naturel, dans le cas présent celui de la recherche de stabilité, du refus par rapport à ce qu’on ne connaît pas, qui, imposé à doses massives, finit par vous tuer si on ne sait pas ou ne peut pas s’en protéger. C’est, réellement mais aussi métaphoriquement parlant, ce que risque Christiane, mais aussi ce dont souffrent tous ceux à qui on fait violence dans la vie de tous les jours.

L’homme est fait pour les changements lents, progressifs, pour une évolution au rythme de sa croissance physique qui, elle, reste inchangée depuis toujours. Jusqu’à présent, seuls les guerres, les révolutions et les cataclysmes venaient bousculer cet instinct primordial et tout le monde les percevait comme phénomènes « anormaux ». Le reste, la vie de tous les jours, son décours à travers les années, les projets, les choix qu’elle comprenait dans un contexte stable d’entourage, de croyances et de traditions, c’était, par antithèse, la « normalité ». Aujourd’hui, au nom de la société de consommation, on fait croire aux gens qu’ils ont le devoir de concevoir la précarité, les changements et les bouleversements permanents comme une normalité urgente, avec l’argent comme seule protection, la stabilité et la sécurité étant désormais réservée aux riches, mais le facteur "temps" n'étant plus à la disposition de personne. Théorie on ne peut plus erronée, absolument contestable, mais si peu contestée. Et ensuite on s’étonne de la montée des taux de dépressions et de maladies. Avez-vous remarqué que la recherche d'un monde fictif, même chez les adultes, n'a jamais été aussi forte ? Il y a des jours où, moi aussi, j'aimerais un temps d'arrêt, ne rien savoir de la course folle qui continue.

Moi je prétends que l’homme a un extrême besoin, physiologique dirais-je même, de s’accrocher à ce qu’il croit juste, à ce qu’il connaît, même si c’est imparfait. Pour garder son équilibre, je suis convaincue que l’homme a besoin d’une sensation de stabilité (à ne pas confondre avec sédentarité), malléable et technologiquement évolutive cela va de soi, à corriger si nécessaire, mais qui évolue à son rythme.

Et dans ce film, c’est comme si Alex et l’entourage proche de Christiane l'avaient compris, malgré les doutes qui affleurent de temps en temps. Alex ne renie rien du monde dont il vient, il croit encore à la vertu du travail et de l’ingéniosité, et c’est à travers le passage progressif qu’il imagine par amour filial pour sa mère, qu’il arrive lui aussi à l’occidentalisation, sans avoir rien perdu de lui-même. Et ça, c’est magnifique.

 

Allez ! Si tout comme moi, vous ne l'aviez pas encore vu, ne perdez pas un instant de plus, et... Bonne vision !

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Mardi 16 Septembre 2008, 13:39 dans la rubrique "J'ai vu".

Commentaires et Mises à jour :

JvH
16-09-08 à 15:04

J'ai moi aussi beaucoup aimé ce film, mais je l'ai vu en compagnie d'Allemands, qui on eux critiqué une image trop idyllique de la RDA. Pour avoir un autre point de vue, je te conseille l'excellent film "La vie des autres" (en plus ça a été tourné à côté de chez moi!). 

 
ImpasseSud
16-09-08 à 15:51

Re:

Dommage que, de mon côté, je n'aie aucun point de vue allemand dans mon entourage. En tout cas merci du conseil pour La Vie des autres.