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Houellebecq Michel , "Les particules élémentaires" (1998)

Houellebecq par-ci, Houellebecq par-là, quand on habite loin de la sphère francophone, il est parfois difficile de se tenir au courant de tout, mais surtout de ce qui y fait « tendance ». Non pas que cela me dérange car il y a bien assez de choses intéressantes ici, mais de cet auteur, jusqu’au mois de septembre, je ne savais que deux choses : que la provocation est son fort et qu’il déclanche de grosses controverses, et que toute la France littéraire attendait, presque en apnée, la sortie de son dernier livre. Si bien que quand, par hasard, je suis tombée sur la traduction italienne de « Les particules élémentaires », je l’ai acheté, croyant y trouver matière à réflexion et à débattre. Vu qu’il ne s’agissait pas de la version originale, je n’ai pas pu me faire une idée réelle du style de cet écrivain, mais le fait est que ce livre se lit assez facilement (notre auteur est habile !). Toutefois, il y a une petite phrase récurrente qui n’a pas cessé d’assaillir mon esprit durant toute la lecture : « ma è pessimo ! » (mais c’est franchement mauvais !). Il m’a fallu arriver à l’épilogue, les 9 dernières pages, pour comprendre où Houellebecq voulait en venir et modifier très très légèrement mon jugement plus que négatif. Il n'en reste pas moins que 9 pages sur 316, c'est quand même trop peu.

 

Ses deux protagonistes, Michel et Bruno, demi-frères de la même mère, échantillons-référence des enfants des enfants (qu’on remarque que je n’ai pas écrit « petits-enfants ») de la société française de l’après-guerre, sont aussi pathétiques l’un que l’autre. Le premier est un chercheur de renom en biologie moléculaire, le second est professeur de français au lycée, mais quelle importance cela peut-il bien avoir, vu que leurs professions semblent (presque jusqu’à la fin pour Michel où alors elle devient décisive) ne jouer qu’un rôle d’indicateur de classe sociale, et que ce qui compte, dans une sorte de jeu positif/négatif, c’est l’absence de désir sexuel pour le premier et une obsession maladive pour le second, obnubilés qu’ils sont l’un et l’autre mais de façon différente par la hantise du vieillissement.
A travers la vie de chacun d’eux, Houellbecq nous impose, presque sur un ton d’historien, "sa version" du monde des années 60, 70 et 80 avec la libération sexuelle. Il s’agit d’un monde terne, sombre, déprimant, aride, sans la moindre joie ni générosité, d’une monotonie affligeante, où moi, qui ai plus ou moins vécu cette période, je n’arrive ni à me retrouver ni à caser le moindre parent, ami ou connaissance. Bien sûr, les gens qu’il dépeint ont existé, bien sûr il y a aussi quelques tirades scientifiques et quelques réflexions philosophiques ici et là, mais confiner l’ensemble de la société de cette époque dans l’obsession de la libération sexuelle, présentée comme « unique » centre d’intérêt de ces années-là, sous un aspect bien plus contraignant que libérateur, d’une tristesse infinie, sans oublier l’étalage complaisant et morbide des pires dépravations, et bien, cela démontre surtout que Michel Houellebecq a un sens aigu des « détails » qui font vendre, mais aussi l’art de bien emballer et de décocher, avec l’air de ne pas y toucher, les dards les plus venimeux et les plus caricaturaux qui soient, de ceux qui vous restent dans l’esprit bien après que la trame (d’une grande répétitivité et privée de toute originalité) se soit effacée.
Tout cela pour arriver à une théorie sur le clonage, à peine une ébauche (en 9 pages !), qui a cependant valu à ce livre de ne pas être classé dans la catégorie de bas étage qu'il mérite, fournissant tout à la fois à son auteur une certaine notoriété et des entrées substantielles. Je le disais bien que notre homme est habile!

 

J’ai bien hésité avant de poster cette critique. J'ai l'impression de donner trop d'importance à un livre que je mettrai probablement à la poubelle car il salit tout ce qu'il touche et tous ceux qui le touchent. Aujourd’hui, cependant, je suis finalement en possession d’une explication quand, dans la presse, je me retrouve, incrédule, face à des placards d’idées reçues et souvent fausses sur cette génération. Placards hargneux, terriblement restrictifs et déformés ! "Houellebecq est passé par là", me dirai-je désormais. Mais il est bien terrible qu’il y ait des gens pour prendre ce qu’il raconte à la lettre ou comme une référence historique, qu’il y ait des esprits tellement vides pour le classer parmi les philosophes de notre temps parce qu’il soulève, avec provocation mais sans les approfondir honnêtement, les deux ou trois questions que tout le monde se pose, et qu’on ait même trouvé bon de lui attribuer le prix Interallié pour son dernier livre, pour la seule raison qu’il y parle d’un « thème porteur », toujours le même, la peur de vieillir.

 

Brrr... Il faut vite que je me trouve un livre avec un peu d’air frais…

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Mardi 22 Novembre 2005, 13:24 dans la rubrique "J'ai lu".
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Commentaires et Mises à jour :

sophie
22-11-05 à 16:53

ce doit être parce que je n'ai pas peur de mourir

mais à moi aussi les obsessions sexuelles des "héros" m'ont paru très éloignées du moned dans lequel je vis. J'ai fini le livre sans réussir à déterminer si j'aimais ou non c'est dire !

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ImpasseSud
22-11-05 à 17:13

Re: ce doit être parce que je n'ai pas peur de mourir

A mon avis, c'est Houellebecq qui a un problème personnel.


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gilda
23-11-05 à 09:15

air frais

Je propose "La joueuse d'échecs" de Bertina Henrichs (chez Liana Lévi), je peux même te l'envoyer par la poste si tu veux. Le titre est un peu trompeur car il est porteur d'autres références, mais c'est l'histoire simple d'une femme de ménage qui vit sur une petite île Grecque et se découvre une passion (et un talent) pour le jeu d'échecs auquel sa condition n'aurait jamais dû lui donner accès (et socialement et parce qu'elle est femme et qu'il est mal considéré qu'une femme "perde" son temps à jouer).

Il est formidablement bien écrit, pas du tout  à l'eau de rose, mais néanmoins porteur d'espoir. pour moi il a été la bouffée d'air frais d'un automne tout gris foncé.

Quant à MH, je ne l'ai pas lu et n'ai aucune envie de le faire, car on parle bien trop de lui partout et que quelque chose me dit que c'est très surfait (marketing, sens de la provoc).

En revanche, j'ai bien aimé l'idée de le lire en italien. Quand elles sont bonnes, les traductions peuvent être une façon de revivre un livre. J'ai le souvenir d'un puissant vertige à la lecture de la version anglaise d'un livre français (1) que j'aime de façon profonde et intime, et du sentiment ainsi éprouvé d'aller plus profondément encore dans la compréhension.

Pas pour le livre dont je parle là, et qui n'en comportait pas, mais d'une façon plus générale, je crois que la (bonne) traduction dépouille un texte des petits arrangements avec le style qu'un auteur peut y glisser, et permet dans certains cas d'accéder plus loin dans le vif du sujet. 

(1) en fait je voulais l'envoyer à une cousine américaine et vérifier avant que la traduction n'en faisait pas quelque chose de tout plat ; ça tombe qu'elle était excellente.


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ImpasseSud
23-11-05 à 15:05

Re: air frais

Automne tout gris foncé, voilà un belle définition. En tout cas, j'ai bien pensé à toi ces derniers jours. Alors un grand merci pour ta suggestion et pour ta gentille proposition :-). L'histoire, en effet, semble bien tentante de par son originalité. Je vais prendre note de ce titre et essayer de me le faire envoyer pour Noêl. Si je n'y arrive pas, je te ferai signe.

En ce qui concerne l'air frais, je suis assez bien organisée. J'ai toujours au moins une dizaine de bouquins non lu en attente, et j'essaie d'alterner les genres. Par exemple, je viens de commencer Terre et Ciel de Théodore Monod. Même s'il s'agit d'une suite d'entretiens, il n'y a rien d'autre que l'air extrêment pur, et j'y ai déjà retrouvé tous les critères d'intégrité auxquels je tiens. 

Concernant les traductions, je ne partage pas vraiment ton opinion. Je pense au contraire que, même excellentes, elles ne sont toujours qu'un pis-aller. Je l'ai compris quand j'ai commencé moi-même à faire des traductions il y a plusieurs années. N'est-ce pas déjà trahir que de dépouiller ? L'auteur le voudrait-il ? N'avait-il pas, au contraire, choisi et même ajouté telle ou telle nuance, tel ou tel mot, telle ou telle expression dans un but bien précis, telle ou telle tournure, mais qui s'avère intraduisible parce qu'inexistente dans l'autre langue ? etc... Il m'arrive de me retrouver face à un mur.

Cela dit, comme je ne sais que trois langues (quand il m'arrive de croiser des gens qui parlent de nombreuses langues, j'en bave des ronds de chapeaux :-), mais vu que j'ai un goût assez prononcé pour la littérature internationale, il faut bien que je me contente des traductions. Mais en général, je n'achète jamais aucune traduction d'un livre en langue française. Le bouquin en question ici a fait exception, et tous comptes faits, j'aurais mieux fait de m'en tenir à ma règle :-))). 


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Sally
23-11-05 à 18:29

J'avais lu ce livre pour faire comme tout le monde. Pour moi, le livre fait le portrait d'une génération, d'une classe de gens bien loin de ma vie, mais que j'ai entrevue quelques exemplaires dans mon entourage. C'est bien tout le contraire de l'air frais! Récemment la critique n'a pas été rose pour l'auteur, voir Pierre Assouline entre autre. Enfin, il y a toujours la publicité trompeuse sur quelques éléments vendeurs, c'est ce qui est fâchant alors que nous n'avons pas assez le temps pour lire de bons livres.

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ImpasseSud
24-11-05 à 07:50

Re:

Dans ce livre, tout est faux, et en premier lieu le fait de présenter une petite marge de cette génération comme des exemples-type, alors que ces-gens-là étaient loin de ta vie, loin de la mienne, loin de celle de Sophie qui est plus jeune que nous. Ne peuvent s'y retrouver que ceux qui, aujourd'hui, suivent la même "ligne" pathétique. Quant aux idées qu'il véhicule, celles qu'il distille au goutte-à-goutte, là c'est bien plus grave, car au-delà de la publicité, je crains bien qu'elles aient contaminé un certain nombre d'indécis, de frustrés, qui les font leurs sans aucun discernement. Autrement, il n'y aurait pas autant de débats autour de la personne de MH, qui à leurs tours lui font de la publicité. C'est la raison pour laquelle j'hésitais à poster mon billet.

Et tout comme toi, je suis furieuse d'avoir perdu mon temps avec ce sale bouquin alors qu'une montagne de bons livres m'attend. La publicité est souvent trompeuse, certes, mais il y a également le fait qu'aujourd'hui on publie et on récomprense n'importe quoi, à condition qu'à l'intérieur du bouquin il y ait un ou deux "détails porteurs" qui font vendre. L'explication fournie par le jury du Prix Interallié illustre parfaitement la mentalité actuelle. Du côté des éditeurs, sont-ils tous pris à la gorge par des problèmes financiers ? Pour un bon nombre, sans aucun doute, mais il est dommage que la plupart d'entre eux ait oublié l'importance du rôle qu'ils jouent dans la société. Pour nous, acheteurs et lecteurs, il est de plus en plus difficile de faire la part des choses, entre le bon et le mauvais.

Lire chez La Muselivre


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Incognito
24-11-05 à 11:32

Lien croisé

C'est une conspiration : " Entre mer et maquis - "Les particules élémentaires", Michel Houellebecq (1998) : "teurs, sont-ils tous pris à la gorge par des problèmes finnciers ? Pour un bon nombre, sans aucun doute, mais il est dommage que la plupart d'entre eux ait oublié l'importance du rôle qu'ils jouent dans la société. Pour nous, acheteurs et lecteurs, il est de plus en plus di" rel="nofollow"

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ImpasseSud
25-11-05 à 07:13

N'ayant plus du tout envie de parler de ce bouquin et encore moins de son auteur, je verrouille les commentaires.

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