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L'été est là

 Ce mois de mai a été très anormal, un peu paraisseux, frais et pluvieux au milieu de belles journées limpides à l'air vif, presque montagnard, alors qu'habituellement il amène avec décision les premières bouffées de chaleur sous un ciel brouillé par le sirocco, invitant à la patience, à rester encore chez soi.

 

Cette année, au contraire, il s'est présenté comme une invite à la promenade. Tous les dimanches matin, sur le long de mer, quand il n'y a presque personne, deux allers et retours, huit kilomètres d'un pas soutenu. Mais ils ne pèsent pas, il y a tant à voir : les montagnes qui de l'autre côté du détroit perdent leur grisaille et virent au bleuté, les navires qui transitent, la ville qui s'éveille tout doucement dans notre dos, protégée par une rangée d'arbres majestueux; vers le sud, l'Etna dont les douces pentes sont encore couronnées d'une cime neigeuse; l'horrible stèle de l'an X de l'ère fasciste, plantée comme un éperon dans la mer au bord d'émeraude, et dont nous avions oublié l'histoire; les épaves qui jonchent encore la plage déserte (honte aux pollueurs!), les petits crabes qui, curieux, grimpent sur les pierres glissantes et les minuscules poissons qui sautent hors de l'eau claire et gargouillante; le lido communal où les travaux de nettoyage et de restructuration n'ont pas encore commencé alors que le cercle nautique se refait déjà une beauté avant d'inaugurer la saison nouvelle; les quelques mouettes qui, le bec au vent et le regard perçant, n'ont pas encore pris le large; les pêcheurs qui ont planté dans le sable plusieurs cannes bien alignées, et guêtent le moindre frisson des fils, pour ensuite décrocher de l'hameçon leur menu fretin avec des gestes lents; d'autres pêcheurs qui, dans leurs barques, préfèrent s'éloigner de la rive, de quelques brasses seulement, comme pour déclarer leur indépendance et ne plus entendre les quelques rumeurs... ...tandis que le parfum des algues vous emplit les poumons, que l'air encore vif vous met le coeur en joie, que le vent, toujours indécis à cette heure-là, vous décoiffe à peine. Un matin, en l'espace de quelques minutes, nous avons été surpris et enveloppés par "la lupa" (la louve), ce brouillard très rare qui arrive du sud et, à l'improviste, se précipite littéralement dans le détroit où il reste coincé comme dans un entonnoir, s'épaississant au fur et à mesure, submergeant la ville et les collines. Tout a disparu en un instant, on ne voyait plus qu'à quatre ou cinq mètres. Le soleil déjà levé depuis longtemps y dispensait sa lumière irréelle, aveuglante. Le souffle court, nous avions l'impression d'être les protagonistes d'un film de science-fiction. Deux heures plus tard, tout était rentré dans l'ordre.

 

Il a donc fallu qu'on arrive au soir du 31 pour que l'été se décide. Cinq minutes sur mon balcon, vers 20 heures, et j'ai su qu'on y était. L'air avait cette douceur du soir qui ne trompe pas, cette langueur qui calme la respiration et vous engage à laisser venir la nuit. L'invitation était si impérieuse que pour la première fois cette année je me suis assise dans un fauteuil, face à la mer, et j'ai regardé descendre le jour, rapidement sous cette latitude. Je ne m'étais pas trompée. le lendemain matin le ciel était gai, joueur, léger. La mer, plus dense, d'un bleu profond presque violacé, légèrement velouté, avait recommencé à tenter les plages par ses clins d'oeil rythmés, et de longs souffles chauds s'engouffraient par les fenêtres grandes ouvertes dans l'appartement encore frais.

 

Il va falloir commencer à se protéger du soleil, à baisser les stores là où il tape, afin de conserver le plus longtemps possible le bien-être ombré qui règne dans les pièces. Il va falloir changer de rythme, d'horaires, ignorer la chaleur et se livrer au soir. L'été est là.

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Jeudi 3 Juin 2004, 14:24 dans la rubrique "Méditerranée".

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