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Le dernier mensonge

Vous vous souvenez certainement de Jessica Lynch, cette soldate américaine blessée le 23 mars dernier au cours d’une embuscade en , et dont le Pentagone s’était emparée de l’histoire pour en faire une héroïne de guerre, racontant qu'elle avait combattu avec acharnement jusqu'à sa dernière balle et qu'elle avait ensuite été prise par les Iraquiens qui l'avaient maltraitée.

 

Mais le 9 avril, le Los Angeles Times, le Toronto Star, El País et la chaîne BBC World se rendaient à Nassiriya pour vérifier la version du Pentagone sur la libération de Jessica.
Selon leur enquête auprès des médecins irakiens qui avaient soigné la jeune fille - et confirmée par les docteurs américains l'ayant auscultée après sa délivrance -, les blessures de Jessica (une jambe et un bras fracturés, une cheville déboîtée) n'étaient pas dues à des tirs d'armes à feu, mais simplement provoquées par l'accident du camion dans lequel elle voyageait... Elle n'avait pas non plus été maltraitée. Au contraire, les médecins avaient tout fait pour bien la soigner : «
Elle avait perdu beaucoup de sang, a raconté le docteur Saad Abdul Razak, et nous avons dû lui faire une transfusion. Heureusement des membres de ma famille ont le même groupe sanguin qu'elle : O positif. Et nous avons pu obtenir du sang en quantité suffisante. Son pouls battait à 140 quand elle est arrivée ici. Je pense que nous lui avons sauvé la vie ».

En assumant des risques insensés, ces médecins tentèrent de prendre contact avec l'armée américaine pour lui restituer Jessica. Deux jours avant l'intervention des commandos spéciaux, ils avaient même conduit en ambulance leur patiente à proximité des lignes américaines. Mais les Américains ouvrirent le feu sur eux et faillirent tuer leur propre héroïne... L'arrivée avant le lever du jour, le 2 avril, des commandos spéciaux équipés d'une impressionnante panoplie d'armes sophistiquées surprit le personnel de l'hôpital. Depuis deux jours, les médecins avaient informé les forces américaines que l'armée irakienne s'était retirée et que Jessica les attendait... Le docteur Anmar Ouday a raconté la scène à John Kampfner de la BBC : « C'était comme dans un film de Hollywood. Il n'y avait aucun soldat irakien, mais les forces spéciales américaines faisaient usage de leurs armes. Ils tiraient à blanc et on entendait des explosions. Ils criaient : "Go ! Go ! Go !" L'attaque contre l'hôpital, c'était une sorte de show, ou un film d'action avec Sylvester Stallone. » Les scènes furent enregistrées avec une caméra à vision nocturne par un ancien assistant de Ridley Scott dans le film La Chute du faucon noir (2001). Selon Robert Scheer, du Los Angeles Times, ces images furent ensuite envoyées, pour montage, au commandement central de l'armée américaine, au Qatar, et une fois supervisées par le Pentagone, diffusées dans le monde entier.

 

Suite aux reconstructions de la presse indépendante, le Pentagone avait ensuite dû confesser que ce soir du 23 mars, le véhicule militaire dans lequel Jessica se trouvait avait été touché par une grenade et avait fini contre un autre véhicule : elle n’avait pas combattu de toutes ses forces contre ses assaillants jusqu’à la fin de ses munitions, elle n’avait pas non plus été blessée par balle ni poignardée..

 

Mais malgré cela, demain soir la NBC transmettra le film qui a été fait sur cette affaire. Et la semaine prochaine, dans les librairies, sortira, avec les autorisations nécessaires, le récit biographique écrit par un ex journaliste du New York Times, qui raconte même qu’elle aurait été violée après sa capture et qu’on lui aurait ensuite rompu les os… Nouvelle bien entendue reprise avec délice par la CNN.

 

Aujourd’hui, dans une interview à la chaîne ABC  Jessica Lynch refuse l’étiquette héroïque qu’on lui a affublée et elle déclare: « On m’a utilisée comme symbole pour un tas de choses. Mais c’est une erreur. … Je ne veux pas d’éloge pour des choses que je n’ai pas faites… Je n’ai pas tiré. Pas même un coup. Rien. Tout ce dont je me souviens, c'est que je me suis agenouillée et que j’ai prié Je ne sais pas pourquoi on l’a filmé et pourquoi on a raconté tout ça. … Quand je me suis réveillée dans cet hôpital, personne ne m’a battue, personne ne m’a giflée, rien. Je suis reconnaissante à ces personnes, parce que c’est grâce à elles que je suis en vie. ».

 

Si Jessica ne crie pas haut et fort, à votre avis, à qui vont-ils croire ces Américains tellement isolés sur leur continent et repliés sur eux-mêmes, qui pensent que leurs soldats combattent dans le pays des Pharaons, qui n’ont que de vagues notions du monde qui n’est pas le leur, et qui, pour la plupart ne connaissent aucune langue étrangère et ne lisent, même l’anglais, que s’il est traduit en américain ?

 

Tout à coup, je me demande si nous, Européens, nous sommes manipulés  de façon aussi grossière. Il peut y avoir une petite différence suivant les pays, mais il faut si peu de temps pour qu'une information passe la frontière.

(Sources : Clarence freeblog, Il Manifesto)

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Samedi 8 Novembre 2003, 15:01 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires et Mises à jour :

PierreDesiles
08-11-03 à 16:03

Gober des couleuvres ?

Bravo ImpasseSud pour oser mettre à notre disposition une autre version des faits tellement trafiqués, que parfois on se demande s'ils ne sont pas le fruit de l'imagination de quelques scénaristes mal intensionnés!

Plus on avance dans la facilité des trucages, plus on a l'impression que le doute s'installe sur tout ce qui touche à l'information. C'est comme cette sacro sainte rumeur du passé, en l'absence de moyens sophistiqués de communication actuels, qui faisait soulevé le vindict populaire jusqu'à en déboulonner quelques uns de leurs trônes.

Depuis la guerre du Koweit où les journalistes étaient parqués comme des moutons à gober tout ce qu'on voulait bien leur montrer sur des écrans, et des infos fraîchement sorties d'un rapport d'experts militaires, il est difficile maintenant d'avaler la moindre couleuvre sans en avoir reçu la confirmation de son origine!

Heureusement la voix des ondes n'a plus de frontière et les sondages aux US commencent à s'en ressentir!


 
ImpasseSud
08-11-03 à 17:26

Re: Gober des couleuvres ?

Du côté USA, je suis plutôt pessimiste. Avec ou sans Bush, ce peuple est tellement intoxiqué par les mensonges intégrés au sens de supériorité qu’on a inculqué dans les mentalités après la seconde guerre mondiale (voir les mentalités d'intégrité morale qui transparaissent dans tous les vieux films) que je ne vois ce qui pourrait les réveiller. Même durant les élections en Californie, une partie des gens étaient d’accord de voter pour un vendeur de porno. Je pense qu’ils se basent sur de vieux critères stéréotypés et ne se rendent pas compte des changements. Dans l’article du Manifesto où j’ai pris mon information, son auteur écrivait : « Jusqu’à présent, malgré les « confessions »  du Pentagone, la perception publique de l’aventure de Jessica est ancrée comme celle du héroïne, un peu comme, malgré la reconnaissance de la Maison Blanche elle-même que l’Iraq n’avait rien à voir avec l’attentat aux Tours Jumelles, la majeure partie du public américain continue à croire à  sa responsabilité. Mais maintenant (…)  que faut-il faire, par exemple, de l’Etoile de Bronze, du Purple Heart et de la médaille des Prisonniers de Guerre que le Pentagone s’est empressé de remettre de façon solennelle à Jessica? Comment les militaires vont-ils percevoir la distribution avec une telle légèreté de décorations qu’ils considèrent comme « sacrées » ? Ce problème n’est pas parmi les plus importants, mais ce sera quand même un tort de plus infligé par l’administration Bush à son propre pays.

Je me demande si les Américains élèvent encore leurs enfants en leur disant qu’ils ne faut pas dire de mensonges. Et si oui, que répondent-ils quand les enfants leur demandent pourquoi ?

 

De notre côté, par contre, où il semble que l'information circule un peu mieux mais où on sait également comment elle est manipulée, on finit par douter de tout et par se désintéresser des évènements en cours. Ce qui, dans un certain sens, revient au même.