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Les mères et la Terre

« Un monde gouverné par les femmes, comment serait-il ? » se demandait, il y a quelques jours, un des éditorialistes de la Stampa. La réponse qu'il donne est intéressante.


« Pour répondre à cette question, il peut
être utile de s’en poser une autre : quelle est la raison pour laquelle, en Argentine, il existe les Mères de la Plaza de Mayo et non les pères de la Plaza de Mayo ? Vous vous l’êtes peut-être demandé vous aussi en voyant les images de ces femmes vieillissant dans la douleur, qui se battent pour maintenir en vie la mémoire de leurs enfants disparus durant la dictature. Au début, je pensais que les hommes avaient disparu avec les enfants. Cependant, je trouvais drôle que les mères, en public, ne pleurent que pour leurs enfants, ignorant tout bonnement le sacrifice des maris. C’est ainsi que j’en déduisis que les pères, plus pratiques et peut-être plus cyniques, avaient moins aimé ou oublié plus vite. Mais je me trompais et je l’ai découvert en lisant le livre de Concita de Gregorio : « Una madre lo sa » (Une mère le sait, NdT), anthologie des mères emblématiques de notre temps.

Au summum des protestations, les pères des « desaparecidos » étaient encore en vie et désespérément accrochés au souvenir de leurs enfants. Ils l’étaient à un tel point qu’ils avaient fondé une association parallèle à celle de leurs épouses. Si ce n'est que, dès la première réunion, les pères péronistes se disputèrent avec les pères socialistes qui ne purent s’empêcher de dénoncer l’arrogance des pères communistes. Il en naquit immédiatement au moins sept courants, en lutte l’un contre l’autre pour l’hégémonie. Le résultat, c’est qu’après deux heures de discussion il n’y avait plus aucun père qui pensait à son enfant disparu. Dans la pièce d’à côté, au contraire, les mères n’avaient fait que cela. Alors que les maris s’envolaient vers les abstractions idéologiques, elles, elles étaient restées attachées à la terre. Les mères aussi se sentaient communistes, péronistes ou socialistes, mais avant tout elles se sentaient mères. L'objectif commun les avait tenues ensemble. »

« Alors, un monde gouverné par les femmes, comment serait-il ? Plus attaché à la terre, à l’objectif commun. Et avec les urgences environnementales à l’affût, il se pourrait bien que ce ne soit pas si mal. »

Massimo Gramellini. "I padri scomparsi" La Stampa

Traduction de l’italien par ImpasseSud

 


En lisant ces lignes, et bien que le journaliste fasse allusion à la grande question écologique dont parle toute la planète, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Hillary Clinton et à la belle victoire qu’elle vient de remporter aux élections américaines de mi-mandat. Pour ma part, je me suis tout de suite demandée si elle a des chances d’arriver à la présidence des Etats-Unis dans deux ans. Et bien, d’après le débat entre « experts-américanistes », hommes et femmes, que j’ai plus ou moins suivi l’autre soir, il paraît que non. Parmi les nombreuses raisons que je n’ai pas toutes retenues, il y en a quatre qui, vues depuis la vieille Europe, m’ont plutôt surprises : tout d’abord parce que c’est la femme de Bill et qu’on en a assez des dynasties ; parce qu’elle est vraiment trop riche ( !? Les Bush seraient-ils si pauvres ?), parce qu’elle est sénateur et qu’un président, on le choisit plus volontiers parmi les gouverneurs ; et, pour finir, parce que c’est … une femme. Et là, hommes et femmes étaient unanimes. Je suis restée bouche bée : était-on réellement en train de parler du pays emblème de la modernité et de la démocratie, et qui élève ses enfants dans l’idée que la présidence est à la portée de tous ?!!!

 

Je dois avouer que je ne sais pas grand-chose d’Hillary Clinton, si ce n’est qu’elle est avocat, la femme de Bill, qu’à eux deux ils ont une fille, qu’elle est inscrite au Parti démocrate et qu’elle s’habille ... plutôt mal. Je n’ai aucune idée de son programme politique, si ce n’est qu'il inclut celui des Démocrates à propos de la guerre contre l’Iraq. Par contre, je suis moi aussi convaincue que les femmes perdent rarement de vue les impératifs primordiaux. Si les Mères de la Plaza de Mayo n’ont toujours pas désisté, c’est évidemment dans l’espoir, - encore possible vu qu'on parle du début des années 70 -, de retrouver leurs enfants ou les traces qu'ils auraient pu laisser, mais n’est-ce pas aussi, dans ce pays à la stabilité politique toujours fragile, pour éviter qu’on oublie trop vite les horreurs des dictatures toujours aux aguets ? Aux Etats-Unis, bien sûr, s’il n’y a aucun risque de dictature intérieure malgré la politique douteuse des « neocons », aurait-on cependant peur qu’une femme s’attaque aux problèmes de fond, commence à revoir les abus et les méfaits de la dictature extérieure ?


En matière de Présidence, l'élection de Kennedy a été une exception à la règle puisqu’il était sénateur. Pour une femme sénateur (comment se fait-il que la langue française n’ait pas encore adopté le terme de « sénatrice » !?), riche et épouse de Bill,  il semble donc que le handicap soit majeur et l'accès à la Maison Blanche beaucoup plus difficile, mais une autre exception est-elle vraiment impossible ? En France, espérons que Madame Royal puisse tenter le coup. Je dois dire que j’aimerais vraiment voir, finalement, non plus seulement de rares femmes haut placées mais toujours au service des hommes, mais un ensemble de femmes à l’œuvre à la tête d'Etats parmi les plus importants.

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Lundi 13 Novembre 2006, 16:05 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires et Mises à jour :

ImpasseSud
17-11-06 à 09:15

Ségolène Royal pourra tenter le coup et j'en suis enchantée.
Du côté des femmes, j'avais oublié que Nancy Pelosi est désormais la femme la plus puissante des USA.


 
Ysengrin
20-11-06 à 14:55

Les femmes et le pouvoir

Salut Madame Sud,


Un monde gouverné par les femmes, ce serait urgent !

Et si le bond (en avant ? en arrière ? c'est un autre débat... ;-) phénoménal effectué par l'humanité, et essentiellement par le "bloc occidental" depuis la fin du 19e n'était pas seulement dû aux révolutions industrielles et à l'exploitation systématique des ressources naturelles - et notamment pétrolière ? Et si il était aussi dû à l'irruption massive des femmes dans la vie publique ? (La théorie fournit d'ailleurs au passage une explication au "décrochage" du monde arabo-musulman et de l'Afrique, qui se privent encore très largement - voire de plus en plus dans certains cas - des compétences et de l'efficacité de la moitié féminine de la société, les femmes restent cantonnées à la sphère privée.)
Alors, on peut peut-être expliquer ainsi le déséquilibre (dérapage incontrôlé ?) qui marque ce bond, appelé aussi progrès : alors qu'il est mis en oeuvre par les hommes et les femmes, il est dirigé par les hommes uniquement.
(Là, j'ai de bonnes chances de me faire traiter de vieux phalocrate... Moi je ne demande qu'à me laisser convaincre que ce monde n'a pas été fait par et pour les hommes depuis l'âge des cavernes, à coup de guerres (masculines), diplomatie (mâle), échanges commerciaux (machistes), ou culturels (sexistes)... mais jusqu'à preuve du contraire, ça me semble indéniable... jusqu'il y a quelques dizaines d'années, justememt, où les femmes ont enfin gagné le droit d'être élues, profs de fac, militaires... et donc de contribuer à la perpétuation du système... à condition justement de rester cantonnées à des rôles subalternes, cédant le pas au mec chaque fois qu'il y avait enjeu de pouvoir.)

Je ne voterai pas Ségolène, je te rassure (passé trop de temps au côté des sans-papiers pour donner ma voix à une adepte de la double-peine, ne serait-ce que ça) mais me réjouis tout de même de voir un peu partout émerger des dirigeants de l'autre sexe, en espérant que ça rééquilibrera un peu ce monde devenu fou.

Ou alors, je me trompe du tout au tout, me laissant emporter par cet optimisme ;) qui me caractérise.
Et, en fait, si le système peut supporter aujourd'hui qu'une femme accède à l'Elysée, c'est au contraire qu'il n'y a plus là aucun enjeu de pouvoir. Que la mondialisation en marche
triomphale peut parfaitement s'accomoder d'un humain femelle pour jouer le rôle de la marionnette manipulée par la bourse qui est censée représenter ce bout de terre européenne appelée France.

Bien à toi,

   Ysengrin


 
ImpasseSud
20-11-06 à 16:23

Re: Les femmes et le pouvoir

Ysengrin,

Quel plaisir de te revoir par ici ! :-) Les débordements tous azimuts - mais pleins de réflexions intéressantes :-) - de ton esprit me manquaient. Et puis j'ai besoin de ta note d'optimisme, car moi je suis plutôt démoralisée. Atterrée par le monde de fous qui est désormais le nôtre, abasourdie par un ensemble cacophonique toujours plus hystérique, mensonger, mais toujours plus arrogant et mal élevé, j'ai plutôt envie de rester dans mon coin en train de regarder. Faut-il passer sa vie à dénoncer ce qui ne va pas? Quelqu'un écoute-t-il encore ? Si toi tu crains de passer pour phallocrate en t'exprimant, moi, écoeurée jusqu'à la moelle par la multiplicité et la variété des exactions à la mode, je pense que je pourrais vraiment passer pour rétro :-)))

Quant aux présidentielles de 2007, je suivrai sans doute cela d'un peu loin car, trop éloignée du bureau de vote le plus proche, je ne pourrai voter que si les expats peuvent voter via Internet. (A ce propos, je suppose qu'avant de prendre une décision, le gouvernement en place va faire ses comptes par rapport aux résultats des élections de juin dernier). Et puis, en matière de politque, je suis déjà tellement occupée par le bazar et le cirque italiens, où les membres du gouvernement descendent dans la rue pour manifester contre le gouvernement, où le gouvernement promulgue une loi mais où la majorité de ses membres déclare, après coup, qu'elle était contraire !!! Le pourcentage des femmes au parlement et parmi les membres du gouvernement y est sans doute un des plus bas de l'UE !!!!! Et bonne partie d'entres elles préfèrent jouer à l'homme, car chaque fois qu'elles remettent les questions féminines à l'odre du jours, elles se font traiter de p. par leurs collègues masculins en plein hémicycle...  

Ah oui, j'aimerais vraiment voir un monde dirigé par des femmes (mais encore plus par des mères  car elles n'acceptent pas volontiers qu'on envoie leurs enfants à la guerre !). Quand je pense, non pas tant à l'Occident mais à l'Afrique dont elles sont le pilier tandis qu'une poignée d'hommes a transformé et continue à transformer ce continent en enfer et/ou en désert, à l'Asie où elles font des prodiges avec un micro-crédit...

Allez, Bien amicalement !.... et à bientôt par ici ! :-)


 
Ysengrin
21-11-06 à 18:25

Re: Re: Les femmes et le pouvoir

Arf, ça fait plaisir d'être aussi bien accueilli ! Je reviendrai donc ici laisser mon esprit déborder tous azimuts...

Quant au monde... bah, je crains si je m'étends sur le sujet de te ruiner encore un peu plus le moral... Je peux peut-être te raconter une blague, plutôt ?
Au cours de son périple cosmique, une petite planète croise notre Terre :
- Tiens, salut, Terre, ça fait longtemps ! Alors, la forme ?
- Mouais, ouais, ça va.
- Non, allez, t'as pas l'air en forme du tout, qu'est-ce qu'il t'arrive ?
- Oh, non, rien, ça va. Je crois que j'ai choppé un truc, c'est tout.
- Ah oui ? C'est quoi, dis-moi ?
- Ca s'appelle Homo sapiens, je crois
- Ah ! D'accord ! Oh, c'est pas grave, je l'ai eu aussi. C'est pénible, je sais, mais tu verras, ça passe très vite.
A bientôt,

Ys.


 
ImpasseSud
22-11-06 à 11:10

Re: Re: Re: Les femmes et le pouvoir

Très mignonne ta petite histoire.! :-) Mais pour un homo sapiens occidental qui, comme nous, a une espérance  de vie moyenne de 75 ans, est-ce que « ça passe » si vite ? 

 
Je repense tout à coup à une des postfaces insérées dans la version italienne (1982) du livre de Bruce Chatwin « In Patagonia » (1977), auteur qui, tu le sais sans doute, pensait comme tant d’autres jeunes du temps de la guerre froide que la Patagonie était l’unique région de la terre où se réfugier en cas de guerre nucléaire. Cette postface se réfère au livre de W. Olaf Stapledon « Last and First Men », publié à Londres en 1930 :

« Dans cette œuvre de science fiction mémorable, l’espèce humaine, désormais complètement américanisée, meurt d’épidémies de cannibalisme et de maladies pulmonaires et nerveuses. Au Sud de Bahía Bianca, cependant, quelques êtres humains survivent, et c’est ainsi que dans le lointain sud naît une nouvelle civilisation, sous l’influence d’un adolescent à la puissance sexuelle prodigieuse connu comme « le jeune homme qui refusa de grandir ». La civilisation patagonienne colonise le reste du monde, mais pas moins stupide que la précédente, elle s’autodétruit par un cataclysme atomique ».

 

Pour le cannibalisme je ne sais pas, mais en matières de maladies pulmonaires et nerveuses, d’éternels adolescents qui refusent de grandir, d'obsession sexuelle et du regain de la course à l’armement nucléaire, on est sur le bon chemin, non ? :(

Sans compter que la Patagonie, on a déjà commencé à l'abimer comme le reste.
Il est vraiment temps que les femmes se réveillent.... sans plus renier aucune de leurs spécificités cette fois !