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« Lions et agneaux », Robert Redford (2007)

Une seule journée, trois situations différentes et trois fronts étroitement liés qui se recoupent continuellement. Mais avant de parler de ce film, je tiens tout d'abord à dénoncer, une fois de plus, la mauvaise traduction française du titre original américain Lions for Lambs. Dans ce contexte, "for" signifie "pour", "au service de", et non pas "et". Une différence de taille, à mon avis, une trahison, une amputation dès le départ. Volontaire ou innocente ? Mais revenons à notre sujet. Sur le premier front, ... 

 

... à Washington, dans son bureau au Congrès, Jasper Irving, un sénateur qui aspire à la présidence interprété par un Tom Cruise excellemment cynique, est sur le point d'annoncer une nouvelle stratégie de guerre, une stratégie « victorieuse » bien entendu, à Jeanine Roth (Meryl Streep), la journaliste affirmée et rodée qu’il a invitée pour une interview en tête-à-tête. D’une part, apparemment réduite à l’écoute d’un homme politique rampant plein d’exubérance et d’arrogance, celle-ci réussit non seulement à donner, par ses regards et les quelques mots bien ciblés qu’elle prononce, une pleine crédibilité à son rôle, mais aussi à évoquer l’importance que joue une information libre dans la création des opinions et la détermination des choix politiques. D’autre part, la malice du sénateur et sa recherche constante de l’approbation de son interlocutrice, illustrent la peur que suscite une certaine presse dans le monde des décisions.

Deuxième front : Dans son bureau de la West Coast University où il enseigne, un professeur, le Dr. Stephen Mallay, autrefois idéaliste (Robert Redford est parfait dans ce rôle) est en conversation avec un de ses étudiants, Todd (Andrew Garfield), très capable et très intelligent, mais tellement désabusé qu’il est en train de courir le risque de jeter au panier tout son potentiel intellectuel et humain. On assiste à un dialogue serré entre le jeune homme qui exhibe le comportement presque cynique d’une génération tout entière et ce professeur convaincu que son rôle, en plus d’impartir un savoir, recouvre aussi celui de l’éducateur, consiste justement à secouer en posant des questions, à mettre en crise la patine de scepticisme et de passivité que son étudiant affiche.

Le troisième front est dramatique, et contrairement à ce qu'on pourrait penser en l'absence du "pour", c'est celui des lions : de l’autre côté de la planète, en Afghanistan où la guerre ne fait aucun tri, deux soldats, un noir et un mexicain, anciens étudiants de la même université et du même professeur, se sont engagés (bien que dissuadés par ce dernier) parce qu’ils croyaient sincèrement accomplir un devoir envers leur pays, risquant cependant rien moins que leur vie pour ce qui, aux Etats-Unis, est surtout un débat théorique ou une affaire de choix finalisés à un succès personnel.


Pas d’action dans ce film, mais un débat à plusieurs facettes, serré et passionnant et dont il ne faut pas perdre une seule bribe, sur les rôles des médias, de l’instruction, de la politique et des jeunes. Ni lourd ni soporifique (comme l’a écrit une certaine critique toujours encline à se gausser dès que le ton se fait sérieux), sans bonnes leçons ou réponses toutes faites, mais une profonde réflexion et la suggestion pour le spectateur d'un grand nombre de questions : Comment est-il possible que je m’astienne de prendre position ? Comment se fait-il que je ne me sente pas concerné et que je ne fasse pas valoir mes idées quand mon pays est en train de perdre les valeurs qui étaient les siennes ? Et moi, si je me trouvais dans ces cas spécifiques, comment me comporterais-je ?

 

Certains diront que tout cela se passe aux Etats-Unis. C’est vrai, mais c’est oublier un peu vite que cette grande nation est le modèle que tous les pays cherchent à imiter, plus que jamais et même s’ils le nient, et, comble de l’ironie, non plus pour ses grands principes démocratiques, mais, désormais inféodés, en singeant son néolibéralisme sauvage et destructeur et le rétrécissement de ses acquits et libertés. « Quand, dans ton propre pays », déclare Robert Redford dans une belle interview qu’on peut lire ici (en it.), « il se passe certaines choses, tu as deux possibilités : ou bien tu t’y intéresses ou bien tu les ignores. Mais, vu que j’aime mon pays et sachant qu’il a de nombreuses qualités, je souffre et je m’indigne quand on les lacère, quand on les salit. » Et plus loin : « Le futur appartient aux jeunes qui doivent se décider à prendre la situation en main. S’ils lui tournent le dos, dégoûtés de tout, tout continuera de la même manière. Si, au contraire, ils luttent, quelque chose finira par changer. »


Alors, - pour moi, c’est le message du film -, faut-il continuer, sans jamais s'engager ne serait-ce qu'un tout petit peu, à se laisser berner par le lavage de cerveau des médias ou les boniments aguicheurs d'un 31 décembre ? Même si le scénario n'est pas extraordinaire, même si ce film n'a pas coûté des millions de dollars, il faut le voir : « Je travaille dans le cinéma, poursuit Robert Redford, et je pense qu’un film a le devoir de divertir le public. Je sais donc qu'il me faut construire des situations qui soient intéressantes et prenantes. Je sais également qu’il est possible de divertir et de communiquer des idées sur lesquelles le spectateur peut réfléchir par la suite. » Nul ne peut le nier avec le carrière qu'il a à son actif.

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Dimanche 6 Janvier 2008, 14:55 dans la rubrique "J'ai vu".