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Mai 68 : pourquoi je n’ai aucune envie d’en parler

D’une part, parce que c’est en train de tourner à l’habituelle rengaine-souvenir où, entre mythes, fioritures alléchantes et slogans dont l'humour a fait son temps, on noie la réalité des faits. Ensuite parce qu'on l'associe systématiquement, on le confond même carrément avec le « Peace and Love » des hippies des années 60 aux Etats-Unis, qui, aujourd'hui, n’est pas moins ridicule que le « der des ders » de la Première Guerre Mondiale. Si Mai 68 est sorti de l'anonymat, si Mai 68 a eu son bagage d'excentricités et d'idéologies, si Mai 68 représente effectivement le point culminant d’un désir de changement dans tout le monde occidental, en ce qui concerne l’Europe de l’Ouest, ce fut avant tout l’aboutissement populaire des immenses efforts faits après la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour construire un monde meilleur. Faut-il minimiser l’importance de la Déclaration des droits de l’homme à l’ONU en 1948, la pose des bases de l’Union Européenne avec les traités de Rome en 1957, une première ouverture au temps présent par le Concile Vatican II et les prêtres ouvriers, ou l’intervention peu connue de Jean XXIII au moment de la crise de Cuba ? Faut-il oublier les vingt premières des Trente Glorieuses avec son plein emploi, ses augmentations du niveau de vie, la création, en France, de la Sécurité Sociale et de tout ce que cela impliquait, et la construction massive de logements ? Car ce n’est qu'à travers une première amélioration de ses propres conditions de vie que l’homme réussit à prendre conscience de ce que celle-ci devrait ou pourrait être et trouve la force de le réclamer.

 

En mai 68, en France, si la protestation des travailleurs n’avait pas suivi, spontanée et décisive malgré le frein de certains syndicats, le chahut initial des étudiants de Nanterre pour un droit d'accès pour les garçons aux résidences universitaires des filles (le caractère anodin de l’évènement qui déclenche une émeute ou une révolution est souvent extrêmement surprenant), et la maladroite intervention de la police à la Sorbonne qui vit même des arrestations, tout se serait peut-être terminé comme la plupart des chahuts universitaires, avec de bons souvenirs et de grands maux de tête.

 

Pour moi, mais aussi pour bon nombre d'adultes (et j'insiste) de mon entourage qui, loin de l’occupation des universités, des barricades et des manifestations des grandes villes mais pas des grèves, Mai 68, ce fut une sensation étrange, chaude, faite d’un d’enthousiasme mêlé d’inquiétude (on craignait même la fermeture des frontières) et d’espoir, la fierté de vivre un beau moment historique, celui où les ouvriers d’abord et la plupart des salariés ensuite relevaient la tête et prenaient conscience de leurs pouvoirs. Les slogans parisiens n’arrivaient peut-être pas jusqu’en province, mais, contrairement à ce qu’on raconte souvent aujourd’hui, on ne vivait plus au Moyen-âge : la mixité, à l’école publique et ailleurs, était la normalité depuis longtemps (en province en tous cas) ; en matière d’habillement, la vague des blousons noirs avait déjà ouvert depuis plusieurs années la marche de la transgression, les bluejeans bleuissaient déjà les cuisses des filles tandis que les mini-jupes les découvraient ; les parents normaux laissaient sortir leurs grands ados depuis des années, aller danser dans les soirées organisées entre copains et même partir en week-end et en vacances ; on fumait du tabac, de temps en temps on buvait trop et on riait pas mal, mais on ne se droguait pas. L’amitié comptait énormément, la musique moderne aussi. Quant aux rapports sexuels, on était assez ignorants, assez réservés, et ils étaient encore liés à l’amour. De toute façon, on n'était pas plus frustrés qu'on ne l'est aujourd'hui, au contraire, car devant soi, on avait la possibilité de trouver rapidement un emploi et de se construire une vie. En ce qui concerne les nouvelles idéologies et la guerre du Vietnam, je ne me souviens pas qu'on s'y soit intéressé avant les années 70.

 

Alors, ce quarantième anniversaire de Mai 68 qu’on nous décrit comme la libération instantanée du joug des autorités paternaliste et capitaliste, ou celle, béate, des femmes qui, depuis des années, n'attendaient soi-disant que de se faire sauter à volonté, et bien moi, ça m'indispose. Car, aujourd’hui, à 40 ans de distance, il n’est que trop évident que, de Mai 68, on n’a retenu que la futilité, que ce qu’il aurait fallu oublier, ou, tout du moins, reléguer au deuxième degré, comme l’image enivrante de Woodstock (1969!!!), ou les slogans à la Jean Yanne du « il est interdit d’interdire » qui, dans une société adulte, ne devraient plus faire rire personne au-delà de l’âge de 12-13 ans. Si Mai 68 a effectivement mis à nu et permis d'assouplir une trop grande rigidité sociale et culturelle, il est également évident qu'après les importantes améliorations des années 70 (cf. Conséquences de Mai 68) on a perdu de vue une bonne partie de ses véritables objectifs. Comment est-il possible qu’on n’ait pas su faire la part des choses par la suite ? Que, par manque de vigilance, on ait lentement glissé vers la corruption morale de l’individualisme et l’esclavage de la consommation ? Qu’on ait carrément oublié que la liberté et la justice disparaissent quand disparaît le sens des responsabilités ? Alors à quoi cela peut-il bien servir de faire revivre le mois de Mai 68, si l'essentiel de son essence sociale est passée sous silence ?

 

Dans une société occidentale qui exporte ses guerres dans les pays les plus fragiles ; où on pourrit et on formate les jeunes sans plus les éduquer ; où on nie la notion d’avenir au nom du profit immédiat ; où les contrats de travail ressemblent toujours plus à une promesse de prostitution ; où la grossièreté, le manque de respect et l’avidité opportuniste sont à tous les niveaux ; où les femmes sont toujours aussi maltraitées et encore contraintes à l’IVG ; où tout le monde parle du matin au soir sans plus jamais écouter personne ; où on descend tous les jours dans la rue pour protester contre quelque chose, mais toujours par petits groupes et chacun dans son coin…. Mais qu’en sait-on encore de Mai 68 !?!?!

 

A la base de Mai 68, il y avait, avant tout, beaucoup d’espoir et de générosité : la majorité d’un peuple était prête à soutenir le mouvement de 10 millions de personnes en grève. Alors, au lieu de s’arrêter exclusivement à l’esprit de fête populaire qui l’a aussi caractérisé, pourquoi ne cherche-t-on pas plutôt à lui restituer son âme et à tirer une leçon immédiate (et urgente!) de cet esprit de cohésion pour le plus grand bien de tous, bien éloigné de la mentalité aveugle au service d’un petit nombre comme c’est le cas aujourd’hui ? Bon mois de mai 2008 à toutes et à tous !

 

 

P.S. Pour un résumé des évènements, lire Mai 68 sur Wikipédia, sans oublier de parcourir les galeries de photo. Voir ici l'histoire des affiches, ou faire un tour dans les Archives du Monde.


2° P.S. du 16 mai 2008
: En France, on est persuadé qu’en 1968, c’est la France qui a vu le plus important mouvement politique de la planète. Que ce soit vrai ou non, ce qui renforce cette impression, c'est la concentration presque totale des évènements sur le mois de Mai (avec quelques petits préludes et après-coups), alors que dans beaucoup d’autres pays, les manifestations et émeutes se sont déroulées sur toute l’année. C’est ce qu’illustre « 1968 : 20 più 20 anni dopo » (20 + 20 ans plus tard) publié sur le quotidien italien Il Manifesto, une immense galerie de photos du monde entier, mettant en parallèle, un mois après l’autre, ce qui se déroulait dans le monde. Chaque photo a sa légende explicative, en italien bien entendu, mais que ceux qui ne parlent pas cette langue ne s’effraient pas, on s’y retrouve facilement vu que les noms propres sont pratiquement identiques en français. C’est vraiment passionnant. En ce qui me concerne, j’y ai même découvert des détails sur Mai 68 en France que j’ignorais complètement. Qu'on se dépêche... car je ne sais pas si ce lien restera longtemps en ligne gratuitement. (Pour ceux qui auraient besoin d’un coup de main pour y naviguer, lire le mode d’emploi au 15ème commentaire.)


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Ecrit par ImpasseSud, le Jeudi 1 Mai 2008, 13:53 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires et Mises à jour :

sarah-k
02-05-08 à 21:09

Mai 68

Je ne ressens pas du tout les choses comme cela et cela me réjouit de réecouter à la radio, les évènement de mai 68, pourquoi à la radio, tout simplement parce que la télévision française à cette époque en montre le moins possible et que les archives sont radiophoniques.
Je me souviens qu'à la maison , mai 68 fut le théâtre d'une vraie révolution, mon père syndicaliste et gréviste, occupant le dépôt Lebrun (RATP) ma mère non gréviste et réactionnaire, d'après mon père.
C'est la première fois de ma vie que j'entends parler mes parents de quelque chose, mon père a à dire quelque chose et ses discussions avec les étudiants l'enivre pour contredire ma mère.
Il dit : mai 68, dix millions d'individus en grève : étudiants, lycéens, paysans, travailleurs, jeunes, femmes, immigrés...
Dix millions d'individus en grève en même temps, la France paralysée, les pouvoirs politiques, institutionnels, syndicaux contestés et affaiblis, la force de millions d'individus prêts à tout réinventer.
Ces dix ans de gaullisme, cette guerre d'Algérie mal digérée, celle du Vietnam.
C'est la première fois que ma mère me parle de sa famille, de ma famille parce que je n'ai pas compris la formule : "Nous sommes tous des juifs allemands"(elle me dit que cela ne veut rien dire)
J'ai 13 ans et évidemment, je ne comprends pas vraiment grand chose mais je me souviens de ces moments et je continuerai demain, maintenant que j'ai grandi :-)))


 
ImpasseSud
03-05-08 à 10:15

Re: Mai 68

Comment ça, "tu ne ressens pas du tout les choses comme cela" ?!?!?
Tu écris : "Dix millions d'individus en grève en même temps, la France paralysée, les pouvoirs politiques, institutionnels, syndicaux contestés et affaiblis, la force de millions d'individus prêts à tout réinventer". J'ai écrit : "A la base de Mai 68, il y avait, avant tout, beaucoup d’espoir et de générosité : la majorité d’un peuple était prête à soutenir le mouvement de 10 millions de personnes en grève."
En gros tu dis la même chose que moi. N'ai-je pas été assez claire ? Je suis même bien contente que mon billet ait provoqué ta réaction ! :-))) Car, je vais te l'avouer, c'est la version plus que restreinte de Mai 68 que tu proposes chez toi qui a suscité mon billet, car moi, du peace and love dépuceleur d'une jeunesse retardée et frustrée qui, en délire, écoute les BeatlesPink Floyd et autres, que se répètent, sans oublier les clins d'oeil, tous ceux qui ne l'ont pas vécu, j'en ai carrément marre :-).

Ce qui fait la différence entre nous deux, c'est avant tout une question d'âge, mais aussi une question d'environnement. Toi, tu te souviens de ce qu'ont vu tes yeux d'adolescente, tu t'es faite une idée de la situation en cours à travers ce que tu entendais autour de toi et les discussions de tes parents. Les discussions des Parisiens, directement impliqués, étaient certainement plus enflammées, plus virulentes et plus focalisée sur le présent en cours que celles des provinciaux. Quant aux phrases tout faites, aux slogans blessants, il est malheureusement impossible de se débarrasser à tout jamais des imbéciles qui ne peuvent pas s'en passer.

Dans mon coin de province, la violence des évènements ne pouvait qu'être plus émoussée. Tout comme ailleurs, cependant, on était paralysés par les grèves et le ras-le-bol était le même, mais je me souviens très clairement de ce réveil plein de désir de changement et de l'ambiance de chaleur humaine pleine d'espoir qui filtrait malgré l'inquiétude non pas forcément des réacs mais de ceux qui n'aiment pas le désordre et les pots cassés qu'il finit toujours par causer. Ensuite, j'étais plus âgée que toi, j'avais une expérience personnelle de tout ce que je cite à ne pas minimiser, j'avais une expérience familiale (heureusement pas dramatique) et scolaire de la guerre d'Algérie, peut-être mal digérée mais terminée. Il fallait être très jeunes ou volontairement aveugles pour ne pas se rendre compte de tous les progrès accomplis durant les 20 années précédentes. Quant à la guerre du Vietnam, je maintiens. A l'époque, l'opinion publique ne s'y intéressait pas encore, c'était encore un problème interne aux USA. Je me souviens d'avoir reçu des documents (que j'ai encore) qui couraient sous le manteau après 1970. Sarah, je sens qu'il va falloir que je te raconte des petites choses, mais par sur Joueb :-)))

Quand je dis qu'il faut déjà avoir quelque chose pour avoir le courage de demander des changements ou d'en demander plus, c'est parfaitement vrai. On ne va tout de même pas comparer le contexte de Mai 68 aux retards économique, social et culturel de la Russie d'avant 1917 ou à la Chine d'avant Mao ! Par contre les exaltations maoïstes ou autres de l'époque étaient parfaitement compréhensibles parce qu'on n'en avait pas encore bien saisi l'aspect totalitaire.
Dommage que tu ne saches pas l'italien, car je te signalerais la vidéo d'un entretien avec Dario Fo, grand personnage que tu connais certainement, où, en se référant à la crise énergétique et alimentaire qui se prépare et avec son humour satirique habituel, il dit que pour 1 millard des habitants de la Terre elle n'aura aucune importance, qu'ils ne se rendront sans doute même pas compte qu'il se passe quelque chose, car, à eux, de l'eau au robinet, de l'électricité, ne parlons ni du pétrole ni de l'agriculture extensive etc., notre monde occidental n'a jamais permis qu'ils en aient la moindre notion.

Avec 40 ans de recul, parler de Mai 68 en se bornant aux évènements, sans citer les choses positives qui l'ont précédés, ses conséquences ou parler de la lente dérive qui a suivi, c'est déformer la question. C'est ce qu'on fait trop souvent et trop volontiers ces temps-ci, et c'est la raison pour laquelle je n'aime pas en parler. En attendant, là aussi ça s'est passé exactement comme dans n'importe quelle cironstance de la vie : c'est quand tu crois que les choses commencent à aller mieux que tout te tombe sur la tête :-)))


 
sarah-k
03-05-08 à 12:18

On peut reprendre plus sérieusement ici et ailleurs pour cette période.
J'ai annoncé la couleur sur Place, c'est la vision de mes 13 ans que je raconte, pas autre chose.
Pour le Vietnam, nous en reparlerons plus tard , tu as raison, l'opinion publique ne s'y intéresse pas encore, ce qui n'empêche les mouvements dans les campus américains en 67, en novembre 1967, le Pentagone annonce que les pertes américaines au Vietnam depuis l'année 1961 s'éleve à 15 058 tuées et 109 527 blessés.
N'oublions pas que cette guerre commençe pour les Américains le 11 décembre 1961
Johnson prend la décision historique, en juin 1966, d’augmenter le nombre de soldats américains présents au Vietnam
Le 2 juin 1967, des milliers de manifestants défilent dans les rues de Milan pour répondre à l'appel lancé conjointement par le parti communiste italien et par le parti social prolétaire contre la poursuite de la guerre au Viêt-nam, le 18 février 1968, environ 10.000 jeunes de Berlin-ouest défilent dans les rues au cri de "Ho-Ho-Tschi-Minh"
13 février 68, les étudiants parisiens manifestent aussi.
C'est une affaire d'étudiants, on est d'accord mais la guerre du vietnam est dans le décor de mai 68, tout comme la guerre d'Algérie et la décolonisation.

Moi les slogans et les phrases toutes faites, j'adore :-)))!
Si j'ai cité : "il est interdit d'interdire", c'est que c'est le seul slogan qui ne vient pas des étudiants mais de Jean Yanne qui a balancé ça à la radio et qui a d'ailleurs été très étonné que cela soit repris et si tu demandes aujourd'hui à un ado : cite-moi un slogan de 68, c'est celui-ci qui est cité.

On peut effectivement partir du programme du conseil national de la Résistance et finir aux législatives de juin mais on va avoir du boulot ;-)
A suivre.....

 
ImpasseSud
03-05-08 à 12:57

Re:

Là, tu changes de sujet.:-))))

En Mai 68 et en France, la guerre du Vietnam n'avait aucun poids. Il ne s'agissait que d'une petite retombée anti-USA sans doute orchestrée par Moscou à travers les inscrits au PC. Tu cites une manifestation italienne et une autre à Berlin. Faut-il oublier que Berlin était coupée en deux ? Quant à l'Italie, en France on n'a pas la moindre idée de la force de l'impact que le PC a eu en Italie (qui au Parlement a eu jusqu'à 33 % des voix). Ce pays a été le terrain d'une véritable guerre en sourdine entre USA et URSS, avec un nombre énorme de bases USA quand la France n'en avait aucune. (Aujourd'hui, au dire de Beppe Grillo, il y en aurait encore 113 !)  Complètement dévastée par la Seconde Guerre Mondiale, il sortait d'une grande pauvreté : si les riches et la bourgeoisie grande et petite étaient du côté de la Démocratie Chrétienne, les pauvres et la classe ouvrière marchaient volontiers comme un seul homme aux ordres du PC. Alors la valeur de ces manifestations.... Mais tout ça c'est une autre histoire.

Pour en revenir à nos moutons : à quoi peut bien servir de réévoquer Mai 68 si c'est pour l'ôter de son véritable contexte ? A quoi sert la mémoire si ce n'est pas pour faire le point ? Autrement, à quoi bon ? Pour se re-raconter les historiettes du temps passé ? Aujourd'hui, que ce soit de la Résistance ou de Mai 68 (le récent décès du Der des Ders a failli remettre les histoires de la Guerre de 14 sur le tapis), je pense qu'on parle beaucoup trop à vide. La mode est aux réminiscences, sans doute pour éviter de penser sérieusement au pétrain dans lequel on est embourbé. On pourrait écrire un chapitre sur le thème : Entre nostalgie bienveillante et mémoire anesthésiante.

En ce qui concerne les slogans, ma phrase se référait non pas à celui de Jean Yanne dont je connaissais l'histoire, mais à celui que tu cites dans ton 1er commentaire et que tu ne comprenais pas. :-)


 
sarah-k
04-05-08 à 19:06

je ne déclare pas forfait, hein :-)))
Premières heures de soleil à Paris, ah ! Le joli mois de mai.
A suivre......

 
ImpasseSud
04-05-08 à 19:14

Le soleil sur Paris

A cette heure-ci ? Chez moi, il est déjà couché :-))) Donc à bientôt ! :-) 
André Glucksmann va passer à la télé pour présenter son dernier bouquin  : Sessantotto. Dialogo tra un padre e un figlio su una stagione mai finita (Mai 68, expliqué à Nicolas Sarkozy). Je te dirai ce que j'en ai pensé.

 
sarah-k
06-05-08 à 09:16

Tom Paxton/Dylan/Beaz et les autres....

Il me semble que l'idée force de Mai 68 réside dans l’union de la contestation intellectuelle et de la lutte des travailleurs. La subjectivité politique qui émergea en Mai était de type relationnel, construite autour d’un débat sur l’égalité, une expérience quotidienne d’identifications, d’aspirations communes, de rencontres plus ou moins réussies, de réunions, de déceptions et de désillusions. L’égalité fut massivement expérimentée à ce moment-là comme une pratique inscrite dans le présent et éprouvée comme telle.
Je crois que nous pouvons être d'accord sur cette idée là ??
Que le contexte économique (depuis la fin de la guerre) le permette cela est incontestable.
Mai 68 a été le plus grand mouvement de masse de l’histoire de France, la grève la plus importante de l’histoire du mouvement ouvrier français avec toute son iconographie, ses slogans (qq fois complètement débiles) je te l'accorde, ses espoirs insensés.....
Tout cela sur quelques mois et quand l'essence est revenue, tout le monde est reparti en week-end (je sais, j'exagère mais à peine)
Que reste t-il de mai 68, RIEN du tout !
Est-ce bien la peine de le re-dire?
En fait, ça intéresse qui mai 68? pas grand monde, les journaux qui trouvent sous les pavés, la page (c'est pas de moi mais j'ai trouvé la formule assez rigolote) la radio, Depardon et qq photographes, les zozos qui ont pondu des bouquins et les quelques attardé(e)s comme moi.
J'ai évidemment deux visions de mai 68, la vision de mes 13 ans( je te jure, Twiggy était mon modèle de jeune fille ) et ma vision de 75, jeune apprentie historienne, revisitant mai 68.
Je ne change pas de sujet mais j'y tiens à mon Vietnam ;-)
L’importance du Vietnam a considérablement diminué dans les représentations françaises de Mai 68, au point de disparaître totalement des émissions télévisées des années 1980 au seul profit de la thématique de "la révolution sexuelle." (je ne sais pas si vraiment, il y a eu une révolution sexuelle mais en tout cas, je vois cela beaucoup plus tard)
   Je viens de revoir les archives du "22 mars", dans la soirée, 300 étudiants, dont Daniel Cohn-Bendit, se réunissent dans un amphithéâtre de Nanterre pour protester contre l'arrestation d'étudiants qui militent contre la guerre au Vietnam, ils protestent contre l'arrestation d'un commando qui a défoncé une vitrine de l'agence de l'American Express à Opéra et brûlé un drapeau américain, on est loin de la légende qui veut que les garçons veulent aller dans le dortoir des filles.
A Jussieu en 75, j'ai fait le boulot de compiler les archives guerre du Vietnam (journaux et photos) des années 64 à 69.
L'événement du Têt Mâu Thân en janvier 1968 ébranle l'opinion américaine, ces images violentes et incroyables vont faire le tour du monde , je ne sais pas si ce que l'on appelle l'opinion publique est vraiment touchée et  mais en tout cas les étudiants européens et américains, si!
André Glucksmann  et fils sont en Italie , tu vas voir ,ils vont faire toute l'Europe avec leur bouquin, ils ont occupé, les plateaux télé et la radio pendant tout le mois de mars, ici en France :-))))
A suivre....
(Oui! Il faut que l'on parle du PC)

 
ImpasseSud
07-05-08 à 16:54

Re: Tom Paxton/Dylan/Beaz et les autres....

Nous sommes tout à fait d’accord sur le fait que « l'idée force de Mai 68 réside dans l’union de la contestation intellectuelle et de la lutte des travailleurs », et qu’il a vu « la grève la plus importante de l’histoire du mouvement ouvrier français », mais ce que je réfute absolument, c’est qu’il n’en reste « rien du tout ». 40 ans après, il semble malheureusement qu’on ne soit pas encore capables de séparer le bon grain de l'ivraie.

 

Je ne sais pas si Mai 68 n’intéresse plus personne, mais le fait est qu’en France on en parle, on en parle, on n’arrête pas d’en parler et d’en écrire (en Italie on n'en parle moins parce qu'on a d'autres chats à fouetter:-)), non pas en s’en tenant à l’historique des faits, non pas pour faire le point, mais en racontant n’importe quoi, à travers une description soit étroitement partielle soit totalement faussée, en en reprenant les slogans avec un délice narquois, comme si derrière il y avait encore un compte à régler, comme si tous ceux qui sont trop jeunes pour l’avoir vraiment vécu mais pas assez pour n’en rien savoir s’étaient donné le mot pour ridiculiser un évènement dont ils devinent le côté exceptionnellement plein d’espoir mais contre lequel ils ont une dent. Je viens d’effacer le lien que j’avais mis vers la BD du Monde : la reprise des affiches y est trop opportuniste et le final honteux. Une BD toute entière pour arriver à l'habituelle rengaine-lavage de cerveau. S’il est vrai que Mai 68 n’a pas été une révolution, s'il est vrai qu'ensuite on a laissé s'installer certaines dérives (qu'on aurait pu corriger à temps), transformer « l’évènement » en une simple « mutation vers l’état de faignants » reprise en main par d’ex-68tards devenus des ogres collés à leurs fauteuils, c’est du révisionnisme grossier et malhonnête. Comme si « tous » les maux dont souffre la société d’aujourd’hui avaient Mai 68 pour origine !!! Et la crise du pétrole dès 1973, la chute du Mur de Berlin avec la fin de l’URSS et le déséquilibre mondial qui a suivi, et la flambée dominatrice du néolibéralisme avec ses délocalisations, son contournement des structures sociales, l'utilisation de la globalisation au profit des riches, etc… qu’est-ce qu’on en fait ?

 

En ce qui concerne les slogans, je n’ai sans doute pas été claire. Je n’ai absolument rien contre (et encore moins depuis que j’habite en Italie où, de ce côté-là, on est prolixes et intarissables par nature ou par héritage de la Commedia dell’Arte), à part quand ils sont méchants ou carrément blessants. Toutes les révolutions ont les leurs, ce qui fait la différence avec autrefois, c’est leur reprise par des médias qui étaient déjà en mesure de tout enregistrer, donc de tout conserver. Mais peut-on trimballer un slogan hors de son contexte sans le trahir ? Au cours de son entretien à la RAI, André Glucksmann a dit que le sien c’était : « Je ne veux pas mourir idiot ». Les listes que j’ai parcourues sont sans doute incomplètes, mais si celui-ci en faisait vraiment partie, alors je pense que c’est le premier qu’il faudrait reprendre aujourd’hui.

 

Si toi, tu te souviens bien de Twiggy (moi aussi !), moi je me souviens encore de ma première mini-jupe, rouge et très jolie, puis d’une robe droite, rose pâle, à la Twiggy justement. Mais en matière de transgression vestimentaire, c’est l’influence des blousons noirs qui, au début des années 60, a ouvert la marche. Quant à la révolution sexuelle, moi aussi je vois cela vraiment plus tard.

 

Pour en venir à la guerre du Vietnam, tu en sais certainement beaucoup plus que moi vu que tu as fait des travaux d’historienne sur la question. Par contre, je suis encore convaincue qu’en France la Guerre du Vietnam n’est en rien à la base de Mai 68. En Mai 68, même si quelques groupuscules d’étudiants politisés commençaient à s’agiter, je pense que les ouvriers (sans lesquels rien ne se serait passé) avaient bien d’autres soucis en tête. Ce n’est pas un hasard si les noms que tu cites en exergue sont tous Américains : en ce qui me concerne, ils n’entrent dans ma vie qu’au début des années 70. J’ai beau fouiller dans ma mémoire, à part le souvenir de quelques films du genre « Vivre pour vivre » somme toute peu illustrateur, rien n’évoque une prise de conscience européenne diffuse des horreurs de cette guerre. Le Give peace a chance de John Lennon, le premier chanteur européen qui transforme l’héritage du romantisme hippie en engagement en faveur de la paix, ne sort qu’en 1969 et Imagine en 1971. Le réveil du grand public, je le situe en 1972, avec la publication de la photo de Phan Th Kim Phúc. En France, en 1968, n’a-t-on pas plutôt été frappés (mais c’était déjà l’été) par les premières photos du drame du Biafra…. à tel point que c’était entré dans les expressions relatives à la faim, avant que le Biafra ne soit remplacé, plus tard, par Bangladesh ?

 

Bon, après toutes ces évocations, il ne me reste plus qu’à reprendre conscience que j’habite dans un pays où il n’y a plus de gauche au Parlement. Et ça, si on me l’avait prédit en Mai 68, et bien j'aurais dit que c'était impossible ! :-((((  Quelques photos de 1968 à Rome


 
ImpasseSud
09-05-08 à 17:59

Un article intéressant

Ce qui m'a plu dans cet article, c'est d'avoir un point de vue allemand, une réalité différente du Mai 1968 français souvent trop imbu de lui-même, une vision des choses plus internationale, plus ouverte.

 
PierreDesiles
11-05-08 à 20:18

Re: Mai 68 : pourquoi je n’ai aucune envie d’en parler

Difficile d'entrer à froid dans vos échanges de souvenirs de mai 68, très intéressants.

Pour moi mai 68 est une période charnière de ma vie, contrainte par une incorporation militaire dont je me serai bien passé ! Nos aînés avaient fait 27 mois, mon grand frère 18 mois et ma génération 16 mois.

Mes 20 ans ont été volés par cette imbécillité de "service" militaire sous les drapeaux. L'impression d'avoir été trimbalé de force de caserne en caserne.

Il y a l’avant et l’après; l’adolescence et le monde des "adultes". La bande de copains et copines disparue ou recomposée. L'impression d'avoir été déraciné d'un monde de quartier qu'on avait mis des années à construire, l'impression d'avoir perdu à jamais un morceau de jeunesse…!

Dans mon quartier de banlieue nord de Paris, dans les années 60, il y avait beaucoup d'émigrés italiens venus "reconstruire" la France après la grande guerre, des réfugiés espagnols anti-franquiste, des "pieds noirs" contraints de quitter l'Algérie, des algériens qui ont fuit aussi leur pays envahi par la France, des gitans devenus sédentaires, des auvergnats qui ouvraient un bar à chaque coin de rue etc.… Il y régnait une atmosphère un peu tendue où des rixes inter quartiers étaient fréquentes, avec quelques morts qui faisait la Une des journaux locaux. La génération James Dean, précédent la nôtre, régnait encore dans la rue à grand défilé de Harley Davidson ou de Triomphe pétaradantes. Pour "échapper" à un règlement de compte gratuit, il fallait porter le jean 'Lévi Strauss', le ceinturon, le blouson noir et les bottines ! Dommage je n'ai plus de photos…On parlait à peu près comme Coluche…

Tout cela formait un cocktail préparatoire à cette explosion de mai 68 où tout le monde avait un prétexte à tout "foutre" en l'air. Les uns se sentant envahis par "l'étranger" les autres se sentant rejetés et commençant à subir le racisme…Et pourtant il ne manquait pas de travail !

Quand à moi, j'étais en train de faire le "guignol" dans l'armée française, vu que je n'avais rien demandé, et me suis senti frustré de n'avoir pu aller sur les "barricades" pour faire ce qu'on pensait être la révolution prolétarienne, joli slogan qui nous poussait à denenir des héros. Je rongeais mon frein en treillis avec un fusil armé à balles réelles, à prendre la garde de la caserne à Nancy, pour parer à tout débordement, relevée toutes les deux heures. L'ordre avait été donné d'un coup, en haut lieu, de consigner tous les militaires, et mon plaisir vengeur a été de bloquer les gradés qui voulaient filer en douce ! Dans ma chambre, entre deux gardes, je suivais sur la radio les évènements et prenait des nouvelles du front...

(simple témoignage)

La fin de cette année 68 et la fin de mon service militaire ont emporté ma santé et…comme tu le dis dans ton titre ImpasseSud,  " Mai 68 : pourquoi je n’ai aucune envie d’en parler"


 
ImpasseSud
12-05-08 à 14:15

Re: Mai 68 : pourquoi je n’ai aucune envie d’en parler

Pierre, un grand merci d'être quand même venu raconter tout cela malgré ton peu d'envie d'en parler que je comprends bien. C'est également très intéressant et je n'ai aucun mal à t'imaginer en train de ronger ton frein.

Au 11ème commentaire, on peut évidemment avoir des doutes sur le fait que je n'avais pas envie d'en parler. Mais ça reste vrai, ça me dérange à chaque fois. J'aimerais tellement mieux qu'on s'occupe de tout ce qui ne va pas en Mai 2008.


 
sarah-k
13-05-08 à 16:23

le douzième commentaire

ça y est! J'ai une overdose.
J'ai lu les articles, j'ai vu les photos, les affiches, mes archives, j'ai lu la BD du monde que je n'ai pas non plus aimée, j'ai fini "les murs ont la parole" que ma grand-mère a acheté en septembre 68 et qui coûtait , trois francs.....tu te rends compte, trois francs, six sous.
J'ai choisi mon slogan préféré : "Enragez-vous" Amphi musique de Nanterre.
Et mon père a perdu les photos du dépôt Lebrun qu'il a occupé en mai 68.
Et, voilà, l’imaginaire bloqué sur le passé avec une partie de cette génération qui a saturé l’espace public d’images et de discours , "l'arrêt sur image" est assez mouvant et il n'est pas sûr que l'on trouve la bonne distance pour ces évènements.
C'est ce que je me disais en re-visitant mes archives de 75 , il est certain qu'en 75, on focalise de nouveau sur la guerre du Vietnam, on recherche les archives des documentaristes, les articles, les photos et évidemment quand on cherche, 8 années après, on trouve.
Je discutais avec mon père et un ami de mon père qui était étudiant à Censier en 68, je leur ai demandé ce qui avait retenu leur attention au niveau international en 68, mon père le Biafra et le départ du général De Gaulle en Allemagne (de l'ouest) et Pierre, le Vietnam.

Oui! Il y a eu une remise en cause d’un certain type de domination, une libération de la parole, et c’est sans doute, cette rupture qui a produit ses effets plus tard sur d'autres questions, immigrés, prisons, féminisme, comme "un jeu de dominos avec des effets à retardement."

C'est certainement plus intéressant de s'occuper du ici et maintenant mais tu vois ce qui manque même quand on est miltant(e)s ....c'est ce : "enragez-vous" et "engagez-vous"
On vit une époque "tarte molle" du "on peut pas faire grand chose" à cause de la mondialisation, à cause que "c'est comme ça" à cause "que la vie est dure" que "il n'y a pas pas d'espoir"....
Justement, s'il y a peu d'espoir, c'est bien le moment de se bouger.

 
ImpasseSud
14-05-08 à 13:49

Re au douzième commentaire

Sarah, je suis tellement d'accord avec ce que tu as écrit que je n'ai plus grand chose à dire, sauf en ce qui concerne ton dernier paragraphe.

 

Avec Mai 68, ce qui a également chaviré, c'est la conception de la nécessicité de l'éducation. A mon avis, c’est la pire de toutes les conséquences qui ont suivi, mais, comme par hasard, la seule dont personne ne parle ou ne veut parler. Un moment de gros chahuts, de grandes manifestations déclanchées par idéalisme ou pour des revendications bien précises avec des barricades, des blessés et quelques morts, c'est une chose, la chienlit « permanente », c'en est une autre. Les choses grinçaient depuis près de dix ans (en matière d'instruction on avait déjà réformé le bac au début des années 60), mais la violence des évènements de Mai 68 a donné une sorte de légitimité au balayage des critères éducatifs prôné par la mode hippie aux USA. Bon nombre de ceux qui étaient adolescents en Mai 68 et qui ont eu des enfants dans les quelques années qui ont suivi, ont cru bon de penser que l'éducation était quelque chose d'innée, de superplu voire d'inutile, et ils les ont élevés dans cette optique. Là aussi les retombées se sont vues à retardement, car dans une société fortement structurée comme l'était la nôtre, il a fallu au moins vingt ans pour que cette absence d’éducation à la maison, suivie par un sabotage de l’autorité tout d’abord timide mais de plus en plus envahissant, contamine l'ensemble de la population, et qu'on en arrive à une complète désorientation, par contrainte, opportunisme, conformisme ou peur, de toutes les autorités qui avaient un rôle éducatif à jouer.

Au début des années 80, je vivais plus ou moins à cheval entre l'Italie et la France. Alors qu'ici je passais pour sévère simplement parce que j'empêchais mes enfants d'enquiquiner les voisins quand on sortait ou que je les obligeais à arriver à l'heure à l'école, j'ai carrément assisté, d’un voyage à l’autre, à la lente dégradation de l'éducation des enfants en France, vers la génération du "tout permis", du "tous les droits" et du "tout facile" et du "toutes les excuses", une génération aujourd'hui profondément individualiste et sans énergie, et là je te rejoins. Elevée sans règles fondamentales et dans un bien-être économique qu’elle continue à exiger, et avec l'aide néfaste parce que généralisée des psys, des coaches, des antidépresseurs et des drogues, aujourd'hui elle est incapable, sauf exception, de dépasser le stade d'une adolescence désabusée et rancunière ou formatée (et cela, même quand, à son tour, elle a des enfants), de prendre conscience de ses propres capacités et de comprendre la gravité de la situation, inversant un principe vieux comme le monde, celui du fils qui, stimulé par sa jeunesse, ses capacités et une saine ambition, bouscule (dépasse) son père sans attendre que celui-ci lui cède sa place. D‘un paternalisme sans doute exagéré, on est tombé dans un puérilisme pérenne.

Ne pas éduquer ses enfants, saper l’autorité des enseignants, se gausser des « bonnes manières » et des valeurs non pas hypocrites mais intrinsèquement nécessaires à la vie en société, n’a pas été/n’est pas le fait de tout le monde, heureusement, mais la société occidentale de Mai 2008 porte incontestablement l'estampille de cette hérédité qui va bien au-delà de la soi-disant fainéantise. Elle est à la base de l'obstination que nos gouvernements des vingt dernières années (de gauche comme de droite) mettent à ignorer ce problème ou à ne lui fournir que des solutions partielles, faussées ou carrément mauvaises quand elles font une distinction sociale, parce qu'ils n'ont aucune envie de le voir tel qu'il est réellement, d'en reconnaître l'ampleur et la gravité. 

 

C’est la raison pour laquelle il est grand temps de s'engager, dis-tu ? Il y a un bon nombre de jeunes et moins jeunes qui le font, mais là aussi (et cela je le dis déjà dans l’avant dernier paragraphe de mon billet) il y a désormais et souvent un manque de bon sens, une dispersion des énergies, un excès de bénévolat excessivement morcelé et sans projet à long terme, qui portent à des résultats médiocres, donc décourageants. En Mai 68, le  « la réforme, oui, la chienlit, non. » de De Gaulle a sans aucun doute alimenté les feux de la contestation, mais avec un recul de quarante ans et si l’on évite de coller à ce slogan une quelconque appartenance ou tendance politique, c’était sans autre une prophétie, celle d’un vieil homme qui en avait déjà beaucoup vu.

A mon avis, c’est avant tout la raison pour laquelle l’opinion publique se rejette aujourd’hui vers la droite, sans voir que si elle est bien plus répressive, elle n'est ni plus morale ni plus éducatrice, et que son but primordial n’est pas de remettre de l’ordre, mais de se débarrasser de tout ce qui entrave sa progression vers les sommets du profit, comme tous les restes des infrastructures étatiques améliorées en un premier temps par le socialisme et les idéalismes altruistes.

En matière de slogan, moi j'aimerais plutôt qu'on reprenne cette phrase de Joschka Fischer (page 3 de l'art. du Monde que je cite plus haut) : "Si on crée un parti et si on se présente aux élections, ça n'a de sens que si nous aspirons à arriver au pouvoir, au Parlement. Sinon, nous restons un parti protestataire." En gros, cela sous-entend qu'un engagement n'est utile que s'il se donne la puissance nécessaire pour arriver à un résultat assez substantiel pour provoquer un changement généralisé. C’est ce qu’a su faire Mai 68. Pour redresser une barre partie dans la mauvaise direction, il faut la force que donne l’union. Dans le cas présent comme en matière de sauvetage de la planète ou défense des sans-papiers, je suis hélas de plus en plus convaincue que la goutte d’eau généreuse du particulier, la contre tendance qu’il défend avec décision ne sont efficaces que quand elles servent à renforcer un courant portant. Dans le cas contraire et en démocratie, j'irais même jusqu'à dire que, du fait de la sporadicité à la fois grandiloquente et naïve qui les caractérise souvent (l'Arche de Zoé, les tentes du Canal Saint-Martin, etc.), elles facilitent la manipulation de l'information et, par conséquent, finissent par faire le jeu de l'adversaire. Ce que j'écris est sans doute un peu cru, mais c'est plus ou moins ce que disait Arundhati Roy en 2004 dans son article "Les périls du tout-humanitaire", et il n'y qu'à voir à quel point en est arrivé notre société actuelle pour s'en convaincre. C’est ce que la gauche socialiste européenne n’a pas compris et s'obstine à ne pas vouloir comprendre. Ici, c'est la catastrophe, ce qu'il en reste est passé à la pure et simple collaboration ! Alors, à quand le prochain Mai 68 ?

 

Pour quelqu'un qui n'avait presque rien à ajouter... :-))) Enfin, nous avons au moins essayé de faire le point....


 
ImpasseSud
14-05-08 à 14:32

MAI 2008


 
ImpasseSud
16-05-08 à 14:43

15ème commentaire  pour ceux qui ont lu le 2ème P.S.

Pour aller directement à la galerie de photo de "1968 : 20 + 20 anni dopo", cliquer sur "fascicoli". Un menu se déroule avec les douze mois de l'année. Cliquer sur le mois qui vous intéresse et quand la galerie de photos est complète, il suffit de glisser d'une photo à l'autre avec le curseur pour faire apparaître la date précise et la légende. Bien, sûr, c'est bien plus intéressant si on commence par le mois de janvier, car cela permet de se faire une idée de l'évolution des faits. Bon voyage dans l'histoire de 1968 !