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Mercenaires

Au XVIe siècle, l'apparition des canons et des mousquets a changé les tactiques de la guerre, contribuant, dans une certaine mesure, à l'apparition des armées nationales. Aujourd'hui, nous assistons à la manoeuvre inverse, c'est-à-dire à l'inefficacité des tecniques massives des armées régulières, comme en Algérie, au Vietnam, en Tchétchénie, en Afghanistan, en Iraq, et un peu partout dans le monde, contre des guerillas inexpugnables et toujours renouvelées parce que sérieusement motivées, extrêmement mobiles et imprévisibles. Et voilà que les mercenaires réapparaissent en grands nombres, ces gens sans morale ni scrupules prêts à servir n'importe qui pour l'appât du gain.

 

Les sociétés de mercenaires naissent presque toutes dans le même but déclaré : accroître la sécurité. Mais la sécurité de qui? Essentiellement de ceux qui n'arrivent pas à s'imposer par leur seule force. Deux catégories y ont recours : les simples citoyens et les institutions que le type de société actuel n'est plus capable de protéger, et les Etats eux-mêmes, dont les militaires, malgré les immenses progrès de la technologie, sont toujours aussi incapables de comprendre le fonctionnement du cerveau humain, si riche en astuces et en sentiments. C'est comme cela qu'aujourd'hui, en , les hôtels sont pleins de mercenaires, en uniforme et sans uniformes.

 

Car les armées de la "coalition" s'essoufflent en vain, sont à la débacle, additionnant leurs morts et leurs blessés, car leurs soldats, qui ne sont plus convaincus du bien fondé de leur mission, meurent et tuent pour rien, alimentant ainsi les causes de la résisitance. Des pays-aides de la première heure, comme l'Espagne et les pays qui ont suivi dans son giron, le Honduras, Saint-Domingue, le Nicaragua et la Jamaïque commencent à désister. D'autres ont déjà trouvé des prétextes (certains pays de l'Est) pour se défiler, et d'autres encore se posent désormais des questions comme la Pologne et le Japon ou annoncent qu'ils s'en iront à la première attaque comme la Thaïlande. Certains gourvernements, cependant, continuent à avoir la bêtise incommensurable de persister dans cette alliance vénale (de toute façon, ce ne sont pas eux, ni leurs enfants, ni leurs proches qui courent des risques ou meurent), jouant de la corde patriotique à vous retourner l'estomac, alors que leur patrie n'a jamais été en danger.

 

Mais les USA ont bien compris cette annonce de débacle... Ils l'ont comprise depuis longtemps... depuis la guerre froide dont ils ont entretenue l'idée, depuis les révolutions qu'ils ont fomentées un peu partout dans le monde pour déstabiliser les pays dont les gouvernements ne leur plaisaient pas ou possesseurs de ressources alléchantes, depuis la guerre des Balkans, où aujourd'hui encore, cinq ans après la fin de la guerre, le feu couve sous la cendre. Et alors nous voilà de retour à l'époque des mercenaires, mais en grand cette fois-ci.

 

Cet article (en italien), mercenaires et PMC, fournit un cadre très complet de la situation. "La fin de la guerre froide et la réduction des personnels des armées nationales ont mis à disposition du maché de la sécurité privée un nombre consistant de professionnels du secteur militaire. Ceci a contribué à rehausser de façon notoire la qualité des services proposés. Aujourd'hui le personnel employé par les Private Military Companies (PMC) est doté d'un très haut niveau professionel, d'une grande expérience sur le champ, sans parler des connaissances nécessaires pour pouvoir utiliser les technologies et les appareils les plus sofistiqués. Grâce à l'énorme potentiel qu'elles sont capables de fournir en terme de structures, compétences et know-how, les PMC sont en train de remplacer, petit à petit, la responsabilité primaire des Etats en pourvoyant soit à la sécurité en général, soit à des services spécifiques concernant la protection des activités commerciales à l'étranger et autres formes d'intérêt nationaux, de nature économique ou autre".

 

A part cela, il ne faut pas oublier la récession économique mondiale, ni les pays du Sud du monde, où il est difficile d'ignorer une proposition alléchante. Si bien que des pays comme l'Afrique du Sud et le Chili (qui ne sont pas concernés par cette guerre) ont 1500 mercenaires en Iraq pour le premier (presque tous blancs! ex-poseurs de bombes durant l'apartheid ensuite amnistiés, et passibles de pousuites car leur pays aujourd'hui interdit à ses citoyens d'occuper un poste de mercenaire dans les zones de guerre), et 122 mercenaires pour les seconds : 3000 dollars par mois ne sont rien à côté des sommes fabuleuses perçues par les mercenaires américains ou anglais, mais c'est beaucoup mieux que les meilleurs salaires versés par leurs armées respectives.

 

Les nouveaux mercenaires, tout le monde le sait, sont comme les anciens, "sans foi ni loi", et les deux seuls pouvoirs qu'ils reconnaissent sont l'argent et les armes. Mais aujourd'hui ils n'hésitent pas à ajouter d'autres cordes à leurs arcs, comme les trafics illicites et la prostitution. Vu qu'ils sont également en train de prendre pied dans nos pays occidentaux, où on leur confie de plus en plus souvent la protection des banques, commerces, hôpitaux, transports en commun, etc., et qu'en Italie l'ACLI elle-même (l'Action catholique) a jugé bon de demander à d'anciens agents israëliens de promouvoir des cours d'autodéfense, ne peut-on pas commencer à se demander où sont passés la démocratie et les droits de l'homme, le droit à une morale? Nos enfants seront-ils encore à l'abri du far-west et de l'absence de valeur qui se prospectent à l'horizon? Ne sommes-nous pas en train de vivre un beau retour en arrière où il faudra se garder de toute part? Car les mercenaires sont assurément le dernier recours des sociétés en regression.

 

Sources : Peacereporter.

 

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Ecrit par ImpasseSud, le Jeudi 22 Avril 2004, 14:59 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires et Mises à jour :

ImpasseSud
26-05-04 à 13:03

Voir aussi cet article paru dans Le Monde du 26 mai 2004 :
Irak, les nouveaux mercenaires