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A quand l’affranchissement de Berlusconi ?

Mussolini et Berlusconi au SénatSouvent, de l'étranger, on fait des comparaisons hâtives, sans bien comprendre que les similitudes recouvrent souvent des réalités bien différentes. Pour comprendre ce qui suit, il est bon de savoir qu’hier, 25 juillet, c’était l’anniversaire de la chute de Benito Mussolini, en 1943, destitué et arrêté, non pas par une opposition, mais par ceux qui l’avaient soutenu jusque-là comme le roi Victor-Emmanuel III et le Grand Conseil du Fascisme, avec le courage de la lâcheté dans une Italie qui avait déjà perdu la guerre et parce que les Anglo-américains voulaient sa tête. Aujourd’hui, en Italie, Berlusconi se retrouve en difficulté, non pas à cause de l’opposition, mais suite aux dissensions et heurts qui sont nés au sein de son propre parti, le Popolo della Libertà (= Forza Italia élargi à toute la droite). Toutes différences prises en compte, il y a tout de même quelques analogies entre ces deux situations qui permettent de se demander si nous ne sommes pas à la veille d’un nouveau 25 juillet, si l’Italie va finalement être capable de se libérer de Berlusconi ? Pour Maurizio Viroli, Professeur de Théorie politique à l’Université de Princeton, cela dépend de la réponse à une seule question. Voici ma traduction de son article-réflexion publié dans Il Fatto quotidiano du 25 juillet 2010. 

 

« Le 25 juillet, vous, vous étiez où ? »

A juger des différents signes, nous pourrions nous trouver, les distinctions faites, à la veille d’un nouveau 25 juillet. A l’époque, en 1943, Benito Mussolini, le chef du gouvernement, fut renversé par l’initiative de ceux qui, jusqu’alors, l’avaient soutenu (le roi et les dignitaires du Fascisme) ; aujourd’hui Silvio Berlusconi semble en difficulté sous les coups de ses alliés au gouvernement. L’éventuelle chute de Berlusconi ne pourrait qu’être saluée comme un évènement positif pour l’Italie, à moins que, comme quelqu’un le laisse entendre, il ne quitte Palazzo Chigi [siège du gouvernement, NdT] pour le Quirinal [siège de la Présidence de la République, NdT].


Berlusconi est le centre d’un vaste système de cour qui dépend de son pouvoir. Privé du gouvernement, il ne serait plus en mesure, comme il le fait actuellement, de contrôler, récompenser et protéger ses courtisanes, ses courtisans et ses serfs. Par conséquent, le système serait irrémédiablement compromis. Même si ses alliés causent la chute de Berlusconi, il faudra qu’ils répondent à une question que chaque citoyen a le droit et le devoir de leur poser : « Où étiez-vous quand Berlusconi construisait et renforçait son pouvoir en dévastant la liberté pour tous ? » Vu qu’ils seront obligés d’admettre qu’ils étaient avec Berlusconi et qu’ils l’ont aidé à ériger son système de cour, ils devront avoir la bonté d’expliquer en quoi et pourquoi le Berlusconi, mettons celui du gouvernement de 2001 à 2006, était différent du Berlusconi de 2010, et la raison pour laquelle le premier devait être soutenu et le second combattu. Il est bon de ne pas oublier que sans alliés il n’aurait pas eu la majorité pour gouverner et que l’Italie se serait évité quinze ans de dégradation civile.


A part le fait que Berlusconi a tout de suite fait de très mauvaises lois et élevé la corruption des juges et la collusion avec la mafia aux premières charges de l’Etat, il reste le fait que, dès le début, il était au centre d’un pouvoir incompatible, de par sa propre nature, avec la liberté républicaine. Il n’est pas besoin d’une sagesse politique particulière pour comprendre qu’aucune république démocratique n’est en mesure de se défendre du pouvoir énorme d’un homme qui concentre dans ses mains une richesse sans confins, un parti personnel et un empire médiatique ! S’ils n’étaient pas en mesure de le comprendre, - et cela vaut également pour l’opposition -, ils auraient au moins pu écouter ceux qui, en tant que libéraux véritables justement, savaient voir les choses telles qu’elles étaient. Pour ne citer qu’un seul exemple, dans son Dialogo intorno alla republica, Norberto Bobbio écrivit que Forza Italia était un parti subversif.

De deux choses l’une : ou bien ces messieurs n’avaient pas compris par défaut de sagesse politique, et alors ils ne méritent aucun poste de leader, doivent se retirer en bon ordre et aller accomplir une activité plus en rapport avec leurs talents ; ou bien ils avaient parfaitement compris, ses alliés décidant de soutenir Berlusconi malgré tout et l’opposition de ne pas le combattre, et alors ils sont tous complices et, à plus forte raison, ils devraient laisser leur place à d’autres qui sachent parler un langage véritablement alternatif à celui de Berlusconi et qui sachent accompagner les paroles par des actes cohérents.


Le président D’Alema [un des leaders de la gauche, ex Président du Conseil, NdT] a relevé que « la politique ne se fait ni avec le récit, ni avec le langage, ni avec la littérature, ni avec la poésie ». Il devrait savoir que la grande politique, celle qui sait diriger les processus d’émancipation morale et civile, celle qui serait nécessaire à l’Italie d’aujourd’hui, celle d’Obama par exemple (qui en plus recueille des voix et gagne, tandis que nos réalistes les dispersent et par conséquent les perdent), ne se fait pas seulement avec des raisonnements (bien que nécessaires). Il devrait savoir qu’en Italie, ce n’est pas de nouveaux calculs dont on a besoin, mais d'un renouveau de passions civiles enfin retrouvées.

 

Pour en revenir à l’analogie d’où je suis parti, l’émancipation du fascisme ne s’est certainement pas faite le 25 juillet 1943, mais le 2 juin 1946, quand le peuple italien, guidé par des hommes qui savaient susciter de grandes espérances, décréta qu’il devait également se débarrasser de la monarchie qui en 1922 avait appelé Mussolini au gouvernement et l’avait soutenu pendant vingt ans. Il en est de même pour l’émancipation du système berlusconien : elle ne pourra pas avoir lieu tant qu’au gouvernement il y aura de vieux alliés avec des opposants accommodants, mais seulement quand ceux qui guideront la République seront des femmes et des hommes qui, à la question « Vous, vous étiez où ? » pourront répondre : « sur l’autre bord, toujours ! »

 

Réflexion que je partage tout à fait. Mais autant dire que, sauf imprévus, l’affranchissement de Berlusconi n’est pas pour demain. Pas de quoi rire, en tous cas !

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Ecrit par ImpasseSud, le Lundi 26 Juillet 2010, 11:54 dans la rubrique "Actualité".

Commentaires et Mises à jour :

PierreDesiles
26-07-10 à 20:00

Dommage...mais un jour peut-être ?

""A quand l’affranchissement de Berlusconi ?""

Dommage, j'ai nourri cet espoir tout le long du récit que tu as traduit, mais ta conclusion m'a vite ramené à une triste réalité pour le peuple italien que je respecte.

:-)


 
ImpasseSud
26-07-10 à 21:08

Re: Dommage...mais un jour peut-être ?

Oui.... un jour peut-être.

Par hasard, as-tu lu mon 28ème commentaire à propos de la loi-bâillon ? Une fois de plus la gauche a trahi. Ce qui confirme ce que dit l'article des "oppositions accommodantes". A la chambre les députés le vote est pour mercredi... avec le vote de confiance bien entendu.
Sans leaders honnêtes, il n'y a pas d'issue.


 
ImpasseSud
30-07-10 à 15:01

La rupture est consommée !

Gianfranco Fini, président de la Chambre des députés, expulsé du PDL par Berlusconi crée un nouveau parti : "Azione Nazionale". (Pdl caos, photo : la bataille finale )

Donc à suivre... car même si le nouveau parti reste de droite, la "majorité" sur laquelle Berlusconi pouvait compter les yeux fermés... n'est plus vraiment majoritaire. Vers de nouvelles élections ?
Lire sur Le Temps : Rupture consommée entre Berlusconi et Fini, Trente-deux députés quittent le parti de Berlusconi