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Kosovo : vers l’indépendance ? (2)
--> Journal d’un voyage tout récent en Serbie (2) : En Voïvodine…

Zastava Yugo 1012ème partie* : 6 décembre 2007, en Voïvodine "… en voyageant à bord d’une Zastava Yugo. Histoire et modernité entre Novi Sad et le Danube.

On quitte Belgrade, direction nord, objectif la Voïvodine : le moyen de locomotion idéal ne peut être qu’une Yugo, la petite voiture de chez
Zastava, un mythe par ici, juste après celui de la rakja (la délicieuse grappa). Pendant des années, Zastava a également fabriqué des armes, qui ont contribué au bain de sang des années 90, mais la Zastava est l’un des symboles de la voie yougoslave vers le socialisme qui a longtemps émané un charme notoire même hors des frontières de la Fédération.

La Yugo est une petite voiture qu’à Belgrade on peut louer pour 18 Euros par jour, mais pour les ex-Yougoslaves, elle a la même valeur symbolique que la Fiat 600 pour les Italiens du boum économique. Maintenant elle inspire un sentiment de tendresse vu qu’elle évoque le pâle souvenir d’un passé plus serein que le présent, tandis que la maison mère, Zastava, se prépare à une prochaine privatisation qui assènera un énième coup à la Yougoslavie unie, le rêve du maréchal Tito alors qu’en montagne, il se cachait des nazis qui étaient à sa recherche.

A Belgrade, le trafic s’écoule, déchaîné, entre le smog et les dépassements risqués. Après un embouteillage initial, l’autoroute qui va à Novi Sad, principal centre de la Voïvodine, se présente au contraire comme un gros serpent paisible, qui traverse des forêts d’arbres squelettiques et mélancoliques. De gros oiseaux noirs volent, sans gêne, au-dessus des champs interminables, sans qu’aucune construction ne vienne gâcher la vue. Dans un de ces champs, durant l’été 2007, le groupe musical étatsunien des
Red Hot Chili Peppers a donné un concert mémorable pour les jeunes Serbes. 120.000 personnes sont accourues en rase campagne où on avait construit une scène énorme. Aujourd’hui encore, tout le monde en parle, compte tenu que la musique est partie intégrante de la vie des Serbes, jeunes et moins jeunes. Et il est curieux de constater qu’une grande partie de la musique qui fascine les Belgradois est made in USA, ces Etats-Unis, justement, qu’on accuse d’être les complices de la ruine précipitée de la ex-Yougoslavie d’abord et de la perte du Kosovo ensuite.

A l’improviste, le dénudement monotone des champs est interrompu par le Danube, qui n’est plus bleu depuis longtemps, mais qui reste beau et grand. Il partage la plaine comme une lame et est traversé par le plus grand pont de la Serbie. L’OTAN l’avait partiellement détruit en 1999, mais Milosevic l’a tout de suite reconstruit. Seulement qu’ensuite Milosevic est tombé, et l’argent du gouvernement de Belgrade est toujours insuffisant. Les travaux sont encore en cours, tandis que le Danube continue à couler, impassible, comme si les signes omniprésents de la guerre le laissaient indifférent. Le long des rives du fleuve, on peut voir de petites villas, lieux de villégiature pour les familles de Belgrade. Peu après le pont, la désolation de la campagne est, de temps en temps, interrompue par une
salaš, sorte de construction semblable à nos fermes, où pendant des centaines d’années les familles des paysans serbes ont cultivé leurs produits pour les vendre sur les marchés de Belgrade. Sur cette terre qui se nourrit de symboles, elles représentent vraiment un symbole, immortalisé par les tableaux du peintre Sava Stojkov. « Quand tu vois la première salaš, tu es en Voïvodine », t’annonce-t-on à temps. A présent, ces constructions sont devenues des rendez-vous pour les fêtes des jeunes qui les louent pour les fins de semaine, ou des prototypes d’agritourisme, idées qui espèrent se réaliser avec le tourisme qui viendra.


Novi SadLes centres habités, le long de la route pour Novi Sad, annoncent la Voïvodine dans un brio de maisonnettes à un étage, avec un toit pentu. Il pourrait s’agir d’un paysage autrichien ou hongrois, héritage de l’empire de Vienne qui a laissé des traces indélébiles dans les habitudes, les coutumes et l’architecture. La Voïvodine est un mélange de peuples : Serbes, Hongrois, Slovaques et d’autres encore. L’air est empesté par les effluves des sucreries, où finissent les millions de betteraves qui occupent toute cette zone sans générer aucune richesse. Tout le travail est effectué par les entreprises de Belgrade, qui ensuite reviennent ici vendre le produit fini que les paysans de la Voïvodine finissent par payer plus cher que ce qu’ils ont gagné avec leurs ventes. Et ceci n’est qu’un des nombreux griefs qu’on entend dans cette région de la Serbie que certains voudraient sécessionniste, mais qui, surtout, est lasse d’être pauvre. Dans les ruelles des villages qui précèdent Novi Sad, on trouve encore des magasins à l’enseigne du Premier Mai, ceux de la chaîne de l’entreprise d’Etat qui produisait et vendait des vêtements. Non seulement ils sont toujours là, mais dans leurs vitrines on a  l’impression que le temps s’est arrêté. Les mannequins et les vêtements qu’ils portent vous font faire un bon en arrière de 40 ans, comme si, par ici, personne n’était venu pousser la porte poussiéreuse du magasin, ne serait-ce que pour dire : « Vous savez, c’est fini ».


Au milieu de tant de campagne et de tant de simplicité, Novi Sad se dresse comme un joyau précieux. La citadelle de Petrovaradin domine la vieille ville et, aujourd’hui, elle est le théâtre d’un festival de musique qui attire des milliers de jeunes de toute l’Europe : l'Exit Fest, là où, pendant des années, s’est exprimé librement l’opposition au régime de Milosevic. A travers la musique, - toujours elle -, pas avec des bombes. Les cafés, les allées et les jardins de Novi-Sad rappellent ses nobles origines austro-hongroises. « Ceux de Novi Sad se donnent de tels airs avec cette histoire d’empire », disent les jeunes de Belgrade, « Ils se croient plus cultivés et plus élégants tout en nous rappelant, pour se moquer de nous, comment nous, nous avons été occupés par les « Turcs » ». Mais la Voïvodine qui se vante de son multiculturalisme au centre de la ville, là où les églises orthodoxes côtoient une immense cathédrale catholique, chose peu commune par ici, ne se nourrit pas seulement de l'esprit de clocher. C’est le signe que, au-delà de la rhétorique, on peut vraiment rester ensemble…. éventuellement en écoutant de la bonne musique. »

Christian Elia « Diario di viaggio nei balcani : Vojvodina » Peace Reporter 06.12.2007

Traduction de l’italien par ImpasseSud.

 

A suivre avec la 3ème partie : Novi Pazar
*(1ère partie : Belgrade)
(4ème partie et fin : Mitrovica)

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Ecrit par ImpasseSud, le Mardi 12 Février 2008, 17:09 dans la rubrique "Actualité".