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Kosovo : Vers l’indépendance ? (3)
--> Journal d’un voyage tout récent en Serbie (3) : Novi Pazar.

Novi PazarIl y a encore quelques mois, avant que le Monténégro ne devienne indépendant, si on m’avait demandé de situer le Sandjak (Sanjak.org) sur une carte, j'aurais été bien embarrassée. Et pourtant, il touche le Kosovo! Encore une région ballotée par les guerres et les jeux méprisants de la politique, à cheval sur la frontière entre Serbie et Monténégro, habitée par des Serbes, certes, mais surtout par une majorité de Bosniaques dont bonne partie avait la nationalité Musulmane, mais désormais séparée de la Bosnie, etc. Une fois de plus, une population très disparate à qui on n’a jamais demandé son avis, mais, surtout, un véritable casse-tête ethnique. Peut-on vraiment croire qu'avec l'indépendance du Kosovo, la paix descendra finalement et de façon stable sur les Balkans ? Mais revenons à notre voyage, dans le Sandjak, justement.

 

3ème partie*, 10 décembre 2007, Novi Pazar 
"Le voyage continue…
Vers le sud, direction Novi Pazar, le principal centre du Sandjak. Un nom des Mille et une Nuits, qui a l’air de sortir d’un récit d’un certain orientalisme d’autrefois pour parler d’une région de la Serbie, berceau de la chrétienté orthodoxe à majorité musulmane. Il y a aussi le Kossovo, diront certains, mais, ça c’est une autre histoire.


Gare routière à Belgrade.

A l’aube, c’est déjà un carrefour paroxysmique de passagers, bagages et cars en partance. Le voyage pour Novi Pazar coûte un peu moins de mille dinars, plus ou moins 10 euros, somme qui, par ici, n’est pas des moindres vu que c’est le prix d’un abonnement mensuel pour les étudiants sur le réseau de trams de la capitale. Le voyage dure plus ou moins cinq heures, mais le temps est relatif, parce que l’espace se dilate durant les arrêts du bus, les haltes du chauffeur à la recherche désespérée d’un train de roues pour sa voiture à Belgrade, et dans une sorte de pause repas le long du parcours. Durant les haltes, on descend et on fume, on sirote même une Jelen Pivo. Quelqu’un manque même le départ, mais les voyageurs n’ont pas l’air de s’en soucier plus que cela. La route, peu à peu, commence à monter. La plaine cède progressivement le pas à des hauteurs toujours plus abruptes et la neige commence à colorer d’un blanc lumineux les arbres et les prés. La campagne est parsemée de refuges pour la paille, de ceux qu’on faisait autrefois. Le fleuve court le long de la route. Il serait même beau s’il n’était pas étouffé par une sorte de mur de plastique. Les talus et les arbres qui le bordent sont complètement recouverts de pochettes et de bouteilles en plastique que le fleuve en crue charrie jusque dans les champs voisins.

Sandjak
Tandis que le regard est ravi par les cimes enneigées et les bois, à l’improviste, le premier minaret apparaît. Et voici que commence, pour de vrai, le Sandjak qui doit son nom à l’ancienne division administrative de l’empire ottoman, nom qui a survécu aux Guerres des Balkans avant et aux conflits mondiaux ensuite. Durant la Seconde Guerre mondiale, les troupes italiennes l’ont occupé pendant un certain temps, mais elles sont vite parties. Les mosquées et les toits inspirés à la culture islamique augmentent au fur et à mesure qu’on s’approche de Novi Pazar. La ville est un dédale poussiéreux de ruelles qui tournent autour de la place principale. Le commerce autour duquel tourne toute l’économie locale semble être celui de l’habillement et des accessoires en cuir : des sacs, des chaussures et des ceintures en quantité industrielle. Depuis toujours, Novi Pazar est la capitale des contrefaçons, et, aux dires de beaucoup de monde, elle continue à défendre cette primauté. Dans les petits cafés plein de monde, on consomme du thé et du café à la turque, dans un nuage toxique de fumée. Dans les tavernes, où les fours marchent à cycle continu, on prépare de délicieux
cevapi, saucisses de bœuf épicées, et des mantije, boulettes de pâte feuilletée farcie à la viande. L’odeur est invitante, mais un grand nombre de personnes se déplace, rapide, vers le palais des sports de la ville. Aujourd’hui, c’est un jour important : il y a la cérémonie publique par laquelle la communauté de la ville salue les pèlerins en partance pour La Mecque.

Le minaret de la mosquée Altun AlenLa
structure est pleine de toutes sortes de places.

Juste au dehors de l’enceinte du palais, en retrait, il y a deux groupes d’agents de police qui contrôlent les va-et-vient de la manifestation. A l’intérieur, les hommes et les femmes sont assis séparément, mais il y a vraiment très peu de femmes avec la tête couverte, et, même durant la prière, beaucoup de monde fume librement. Les barbes longues sont rares. Mais en réalité, ici, il ne s’agit que d’une des deux réunions qui se sont tenues dans la ville. Identiques l’une et l’autre, avec la prière, les discours et la lecture de la liste des fidèles qui s’apprêtent à affronter le long voyage. Cela, parce que par ici, depuis quelques temps, la communauté islamique de Novi Pazar et de tout le Sandjak est coupée en deux. Le Grand Mufti, le guide des fidèles au pouvoir depuis 1993, est tombé en disgrâce. Le nouvel arrivé a la majorité des mosquées de son côté, mais la tension est forte. Récemment, entre les deux groupes, on s’est tirés dessus. La mosquée d’Altun Alen, la plus ancienne et la plus belle de la ville, est gardée par la police jour et nuit, parce que le vieux Mufti ne veut pas accepter d’en laisser le contrôle à l’iman en odeur d’alliance avec le nouveau mufti. En réalité, derrière des questions théologiques pas très claires, il y a de nombreux intérêts en jeu, économiques en particulier. Chaque mufti se rapporte à une chaîne de pouvoir, économique et politique, et ils se comportent plus comme deux boss mafieux que comme des leaders religieux.
Sur le fond de cette dispute entre muftis, Novi Pazar se meut, chaotique, entre chômage et émigration. Comme dans un vieux film western, les deux bandes rivales ont l’air de se contester le pouvoir dans une communauté qui, impotente et écrasée par les pressantes questions de la vie quotidienne, regarde le démêlé à travers les vitrines des cafés, à travers la fumée de l’énième cigarette. »

Chritian Elia « Novi Pazar, 10.12.2007 » Peace Reporter

Traduction de l’italien par ImpasseSud.

 

A suivre avec la 4ème et dernière partie : Mitrovica
*(1ère partie : Belgrade)
(2ème partie : En Voïvodine)

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Ecrit par ImpasseSud, le Mercredi 13 Février 2008, 12:08 dans la rubrique "Actualité".