


A L’Aquila, plus de 6 mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre du
« Crise financière » : jusqu’en septembre 2008, cette expression signifiait bien peu de chose pour la grande majorité des Occidentaux, pas assez âgés pour avoir bien connu celle de 1929. Les moins écervelés sentaient qu’elle arrivait, mais l’ensemble des populations préférait penser à autre chose ou croire aux bonimenteurs. Quel a été son impact en Europe ? Il est encore difficile de faire un bilan, d’une part parce qu’elle n’est pas terminée, et de l’autre parce que ses répercutions économiques ont été/sont différentes d’une région à l’autre, d’un secteur à l’autre, et qu’une bonne partie des symptômes qui la caractérise était déjà présent auparavant. Le fait, tant décrié, d’avoir rassuré et renfloué les banques a sans aucun doute évité la panique qui, elle, aurait été catastrophique. L’Europe de l’Est, par exemple, a été plus durement frappée que l’Europe de l’Ouest où, là encore, il y a de grosses différences. Telle région a vu son taux de chômage grimper terriblement, alors que dans telle autre presque rien n’a changé ; ou, au contraire, on a tout à coup assisté à la reprise de secteurs stagnants jusque-là. Malgré cette évolution disparate, on peut cependant déjà tirer deux conclusions.
Dans le jardin d’un appartement, un enfant gesticule et parle de façon étrange. Sa mère l’observe pendant quelques instants, puis elle finit par lui demander à qui il s'adresse : « A l’école, » répond l’enfant, « la maîtresse de religion nous a dit que Dieu est avec nous toute la journée, qu’il ne nous laisse jamais seul. Moi, je lui dis de s’en aller ». Il s’agit de Leonardo et de sa mère, Irene. Au même moment, son père, Ernesto (un très bon Sergio Castellitto), peintre affirmé et illustrateur de livres pour enfants, reçoit dans son studio la visite inattendue du secrétaire du Cardinal Piomini qui l’informe du procès de béatification de sa mère, en cours depuis trois au Vatican sur requête de toute sa famille et à son insu, et qu’on a besoin de son témoignage, parce qu’Ettore, celui de ses frères qui l'a assassinée et à qui leur mère a pardonné son geste avant de mourir s’est renfermé dans un profond mutisme dont il refuse de sortir.
De retour à la maison, sa femme, dont il est en train de se séparer, lui parle de Leonardo. Il regrette tout à coup de l'avoir inscrit à l'heure de religion (1). Très attaché à l'enfant qui lui demande si le paradis existe, il lui déclare que lui, il ne croit pas en Dieu.
Tout d’abord, le 6, il y a eu quatre mois que le séisme a eu lieu. Ce 6 août, les médias ont parlé d’Hiroshima, mais pas du tremblement de terre de L’Aquila. Dans la nuit du 5 au 6, les Aquilani ont renouvelé leur cérémonie-anniversaire en mémoire des 307 victimes. L’Italie des anniversaires commémoratifs(1), où on pleure et où on applaudit (mais QUI ?!!!!), me laisse toujours perplexe. Car si, d’un côté, ces espaces de recueillement et de mémoire sont lénifiants pour les parents des morts et les survivants, il est évident que, sans participation nationale, cette forme de manifestation n’a aucun impact sur le temps présent, sur le gouvernement en place ou sur les fonctionnaires des structures étatiques qui ne font pas leur boulot. Après le désastre annoncé du 6 avril avec ses édifices classifiés à risques depuis dix ans, ses immeubles de sable aux murs portants fissurés et l'absence d'un programme d’urgence malgré trois mois de secousses annonciatrices, le gouvernement a-t-il déclenché le moindre contrôle des contructions sur l’ensemble du territoire ? A-t-on finalement réalisé que dans un pays à risques sismiques très élevés, il est essentiel que la Protection civile soit toujours prête à affronter, non seulement la première phase d’urgence, mais la seconde qui concerne le relogement ? Non, il a fait ouvrir une enquête qui peut durer indéfiniment et même finir par un non-lieu comme pour l’Irpinia, et il a finalement adopté un vieux projet de normes antisismiques continuellement renvoyé jusque-là, mais dont personne ne contrôlera sérieusement l'application. A Viareggio, un mois après la catastrophe du 29 juin dernier qui (à ce jour) a fait 28 morts (en fr.), là aussi on a fait une marche aux flambeaux avec pleurs et applaudissements, mais en haut lieu on n’a toujours pas inculpé le moindre responsable du manque de contrôle du matériel ferroviaire(2), pourtant si facile à identifier. Marches aux flambeaux, pleurs et applaudissements au niveau local ne suffisent pas à ramener la justice. On se demande au contraire si on n'a pas plus d'égards pour les morts que pour les vivants. Mais revenons-en à L'Aquila.
Deux récits parallèles, en alternance, à travers deux magnifiques regards d’adolescents. Celui de Nour, adolescent puis tout jeune homme aux alentours de 1910. Celui de Lalla, adolescente puis toute jeune femme durant les années 70. La seconde pouvant être une descendante du premier. Une histoire double au souffle épique, à travers les personnages mémorables et la grandeur d’une culture perdue, face à laquelle c’est l’Europe qui apparaît comme une terre aride et désolée.
Rien de tel que d’habiter à l’étranger pour se rendre compte de l’évolution de sa propre langue maternelle. Evolution ou glissement ? Evolution ou évidement ? C’est ce que je me demande de plus en plus souvent quand je lis certains articles de la grande presse française (1) et qu’à la fin je n’ai rien compris, parfois pas même de quoi on parle, tant la langue est fuyante, tant on évite d’appeler par leur nom les choses, les actes, les gestes, les sentiments, les opinions, comme si on en avait peur, leur préférant une abondance de périphrases palliatives ou négatives. Si bien qu’on lit de plus en plus rarement qu’un objet blanc est blanc, mais beaucoup plus souvent qu’ « il n’est pas noir, gris ou vert », sans oublier les insertions de néologismes d’adolescents ou plus ou moins argotiques, ce qui vous laisse dans le flou le plus dense et finit par éloigner les lecteurs. Car s’il est relativement facile de se mettre à jour au sujet des néologismes, s’il n’est pas forcément essentiel d’apprendre le langage mutant des adolescents, il est tout à fait insupportable de se retrouver face à un texte écrit par un adulte qui a peur des mots et de leur sens. N’est-ce pas là un des symptômes de la dégradation de la démocratie ? Le texte qui suit met le doigt sur la plaie.
Dans un film, la participation des acteurs de grand talent dont on a aimé les rôles est comme une carte de visite qui vous prédispose favorablement. En effet, quand j’ai su que ce film allait passer à la télé, je me suis tout de suite dit qu'il ne fallait que je le rate, car Emma Thompson (que j’aime particulièrement) et Dustin Hoffman (qui n’a plus rien à démontrer) m’allaient déjà droit au cœur. Eh bien…. Que dire ? Que dire ? Tout d’abord deux mots sur la trame.
Depuis quelques temps, toutes les photos, toutes les scènes de vidéos ou de films qui, avec complaisance, étalent des couchers de soleil, des silhouettes noires parfois en contre-jour pour idéaliser le côté romantique de la situation, m’énervent, me donnent envie de tourner la page ou la tête. A travers un déluge de stéréotypes et avec le concours de la technologie, on a réussi à vulgariser, à banaliser jusqu’à la nausée ce splendide phénomène de la nature qui, désormais, s’est vidé de son existence pour s’enguimauver* d'un contexte de sentiments personnels invisibles et de toute façon impossibles à partager si on ne les a pas vécus. Quel dommage ! Quel gâchis !

A mon avis, la paresse mentale est pire que la paresse physique, parce qu’elle n’est pas immédiatement apparente et que souvent les gens qui en sont frappés ne s’en rendent même pas compte, comme je le laissais entendre à la fin de mon billet d'avant-hier. L’histoire qui suit, que Miss Kappa, blogueuse de L'Aquila depuis quelques jours dans l’appartement que des amis lui ont prêté à Rome (1), raconte sur son blog en est l’illustration. Si je l’ai retenue, c’est parce qu'il y a une dizaine de jours et presque mots pour mots quant aux répliques, j’ai eu la même conversation avec une de mes bonnes connaissances dont jusqu’ici j’appréciais l’ouverture d’esprit.
Le G8 et la propagande populiste post-G8 (avec la transformation du site en musée visitable pendant quelques jours où les gens se bousculaient pour se prendre ou se faire prendre en photos dans les mêmes poses et devant les mêmes toiles de fond que les puissants de ce monde, allant jusqu’à « essayer » le lit d’Obama (rien à faire, ça marche à tous les coups !))terminés, le rideau est retombé sur les ruines et les tendopoli de L’Aquila, plus épais, plus hermétique qu’avant. De nombril du monde vers une planète invisible. Du lieu du tremblement de terre du 6 avril, il ne transpire plus que quelques phrases d’auto-félicitations de Berlusconi ou quelques déclarations officielles du chef de la Protection civile, dans le seul but de faire croire à la population (qui s'en moque) que là-bas le gouvernement fait du bon travail et que tout progresse pour le mieux. A tel point que j’ai un mal de chien à en savoir plus, à tel point que moi aussi j’ai la tentation de laisser tomber. Dans un pays pas bien grand comme l'Italie, comment est-il possible de se désintéresser du sort d’une région toute entière, du sort de 70.000 compatriotes violemment arrachés à leur vie, leur travail, leurs logements, leurs affections et à tous les témoins de leurs souvenirs ? Comment les gens réussissent-ils à ne pas se préoccuper du sort qui, dans un pays à 70% sismique et hydrogéologiquement parlant extrêmement maltraité, les attend dans un an, dans dix ans ou peut-être cette nuit ? A-t-on le droit moral de passer sous silence les suites d'une catastrophe nationale ? Le seul soupirail par lequel s'échappe l’information, c’est Internet, une fois de plus, mais, comme pour confirmer ce que j'ai écrit ici, loin de la blogosphère élististe qui a lancé la grève du 14 juillet, elle aussi silencieuse sur ce chapitre. Alors, voici ce que raconte mon petit tour d'horizon.



